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Retour à Reims, sur fond rouge

Actualité

publié le
08/09/2017
- par Bela

Du 03 au 21 Octobre 2017 au théâtre Varia

d’après Didier Eribon | Stéphane Arcas

Après l’enterrement de son père, Didier Eribon retourne chez sa mère à Reims – la ville de l’insulte. Il  retrouve le milieu ouvrier qu’il a quitté trente ans auparavant, pensant pouvoir vivre sa vie à l’écart de sa famille et s’inventer soi-même en tournant le dos à son passé.

Il décide alors de replonger dans son histoire et de questionner les raisons de son éloignement. Sa mère le guide sur le chemin des souvenirs refoulés en étalant devant lui de vieilles photos et en lui rappelant la réalité de leur vie, à son père et à elle. Progressivement, il prend conscience que sa rupture avec sa famille ne s’explique pas tant par son homosexualité et par l’homophobie de son père que par une honte de son milieu social. Il comprend aussi le déterminisme social qui a pesé sur ses parents et notamment sur son père : l’usine qui l’attendait, qui était là pour lui comme il était là pour elle.

Tout en retraçant l’histoire de sa famille, Didier Eribon mêle à son récit les éléments d’une réflexion plus vaste sur les classes, la fabrication des identités, la politique, le vote, la sexualité…  Il se demande pourquoi il lui fut plus facile d’écrire sur la honte sexuelle que sur la honte sociale. Il s’interroge sur les raisons qui l’ont poussé à rompre avec son milieu d’origine. Mais un tel choix peut-il être à jamais définitif ? A quoi s’attache-t-on sinon à se réconcilier avec soi-même et avec le monde que l’on a quitté ?

C’est de manière frontale comme un choc, découpé en une série de monologues qui s’enchaînent et avec deux musiciens, que Stéphane Arcas met en scène ce récit bouleversant dont il signe l’adaptation. Restituer, sur fond rouge, l’histoire d’un livre et de son écriture qui commence plusieurs générations avant même que l’auteur ne l’entame ; restituer l’histoire d’un fils d’ouvrier, une histoire enfouie qui reste inscrite dans sa chair alors même qu’il est passé dans « l’autre camp » de l’ascension sociale ; faire résonner son épopée familiale racontée sous fond sociologique comme un cri intérieur proche du jazz et du rock ;  lui donner son sens tragique car l’épopée s’avère déceptive. Nous portons tous la blessure traumatique des luttes sociales. Il n’est pas besoin d’un même parcours social pour comprendre un état de fait comme un état du monde.

 

 

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