Menu
Mon compte
  • Écrit
  • Audiovisuel
  • multimedia
Revenir à la liste des oeuvres

Daniel des mots

Oeuvre

littérature générale

L'histoire d'un homme qui n'écrit pas, dans un monde où tout le monde écrit; raconté à la première personne du singulier, au présent.

Extrait: 

<p>Le samedi, je travaille jusqu'&agrave; midi, marche un peu, prends le tram, ouvre un livre. Quelques visages, les yeux pench&eacute;s, la t&ecirc;te dans un livre ou dans un carnet de notes la main qui &eacute;crit, pas tous. Certains sont plus pudiques que d'autres. Moi je lis, je ne l&egrave;ve la t&ecirc;te que pour appuyer sur le bouton et descendre &agrave; mon arr&ecirc;t. J'avance un bras, sonnerie, portes coulissantes, grincements m&eacute;talliques, pneumatiques, la rue. Dans ma rue il n'y en a pas tant que &ccedil;a, des librairies. Au centre-ville, il y en a sur tous les trottoirs, &agrave; tous les &eacute;tages, elles d&eacute;bordent de partout. La concurrence est rude, chacun fait son petit commerce. Mes voisins collent des affiches derri&egrave;re leurs fen&ecirc;tres, pas &agrave; l'ext&eacute;rieur pour &eacute;viter le vandalisme qui il faut bien le dire est plut&ocirc;t rare &agrave; notre &eacute;poque. Ils font de la publicit&eacute;, mes voisins, pour leur nouveau roman, nouveau recueil de po&eacute;sie, nouveau livre de cuisine... Parfois je me laisse tenter. Je sonne et tr&egrave;s poli demande un exemplaire de leur petit dernier, les romans de pr&eacute;f&eacute;rence, les livres de cuisine m'int&eacute;ressent beaucoup moins. Il m'arrive d'&ecirc;tre agr&eacute;ablement surpris. Ces livres sont parfois tr&egrave;s bien faits. Ils m&eacute;ritent qu'on les publie mais bon tous ces gens qui &eacute;crivent ne peuvent pas tous &ecirc;tre publi&eacute;s, c'est le plaisir d'&eacute;crire qui les pousse en avant. Dans ma rue, des affichettes partout. Il y en a une : &lsquo;Vous cherchez autre chose lisez Le Grand Almanach des Pens&eacute;es Futiles en vente ici m&ecirc;me&rsquo;. Je suis tent&eacute;, mais non, &Eacute;lisabeth m'attend, une autre fois peut-&ecirc;tre. La porte verte de mon immeuble, ouverte. Souvent elle reste ouverte le jour durant. Je monte l'escalier. Bruits familiers, odeurs famili&egrave;res. Les chiens qui aboient, les pommes de terre rissol&eacute;es. Comme si le repas de midi le samedi dans ces immeubles de pierres uniformis&eacute;s dans tous les foyers se limitait &agrave; &ccedil;a: chiens qui aboient pommes de terre rissol&eacute;es. Je monte au dernier &eacute;tage. Je sors mes cl&eacute;s. Mon voisin de palier debout sur son paillasson, monsieur de taille moyenne, ventre &eacute;pais, la cinquantaine, fines chevilles, gros mollets, en espadrilles, chez lui il ne porte que des bermudas comme en vacance, une chemise &agrave; manches courtes. &lsquo;Passez donc me voir &agrave; l'occasion je vous ferai lire quelques pages de mon dernier ouvrage et vous qu'&eacute;crivez-vous de beau?&rsquo; &lsquo;Je n'&eacute;cris rien de beau &agrave; vrai dire je n'&eacute;cris pas mais oui bien s&ucirc;r je passerai vous voir pourquoi pas ce soir ou demain nous en reparlerons &agrave; l'occasion je viendrai avec &Eacute;lisabeth oui c'est le nom de ma charmante compagne non nous ne sommes pas mari&eacute;s.&rsquo; Je tourne la cl&eacute;, j'ouvre, une odeur culinaire. &Eacute;lisabeth m'accueille, son sourire est l&agrave; lui aussi, elle me dit &lsquo;Je sais que tu aimes &ccedil;a je t'ai fait des pommes de terre rissol&eacute;es.&rsquo; &lsquo;Quelle bonne id&eacute;e c'est vrai que j'aime bien &ccedil;a!&rsquo; et je pense en moi-m&ecirc;me c'est vrai que j'aime bien &ccedil;a.</p>

Fiche

Année 
2000