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La criée d'aube

Oeuvre

littérature générale
La criée d'aube

Préface d'André Schmitz.
Ce recueil rassemble les poèmes de Pénétrance (1981), Petite fugue pour funambules (1985) et Haute enfance (1990).
Pénétrance a reçu le Prix hainuyer de littérature française Charles Plisnier en 1981.
Haute enfance a reçu le Grand prix de Poésie pour la jeunesse-Ministère de l'Education nationale, de la Jeunesse et des Sports- Maison de la Poésie, Paris en 1990.

EXTRAIT

DE HAUTE MER
(Haute Enfance)

          L'enfant a compté et recompté toutes les vagues; il a chevauché l'écume et bu la nue. Il a dénombré les coquillages, trié les étoiles de mer, aiguisé les couteaux.
          Il a balisé la plage de châteaux forts et bourré ses poches de galets soyeux. Il a singé la démarche des crabes. Entre ses doigts écartés, il a laissé couler l'infini sable fin et s'est trempé longuement dans chaque bâche aveuglante. Il s'est tressé des bracelets d'algues et de varechs.
          Il lèche sur ses lèvres le goût opiniâtre du sel et secoue sa crinière d'oyats délavés. Il aspire âprement l'air amer chargé d'embruns.
          Avant la perquisition nocturne du Phare, la marée l'emportera. Dans un cri cinglant de mouette.

 

ETHIQUE DU NORD
(Petite fugue pour funambules)

          Dans ce paysage sans hauteur, où le regard en montant ne rencontre que les nuages et rien qui les soutienne, n'était le cri d'un clocher entre les peupliers, qui est contraint de chercher en lui-même l'altitude?
          Quand se taisent aux fenêtres les fredonnements du soleil--pour d'autre cieux son plain-chant-- et que roussissent les frondaisons, il se fait temps d'allumer les lampes, d'exciter les feux, de rentrer au profond de soi-même en quête d'une vie plus rigoureuse.
          L'hiver sera trop doux pour aiguiser nos sens: dans les pluies, les grésils, les neiges fugaces, s'exténuera notre soif d'austérité. Il nous faudra tenir dans la grisaille sans gloire des bourbiers et tenir encore; en attente d'un improbable printemps.
          Qui surgira soudain sous les flaques minuscules des violettes, au milieu de la danse des jacinthes sauvages, sous les cascades des vergers en fleurs, dans les parfums oppressants des narcisses et des lilas.
          Pays tempéré, plat pays sans certitudes, sans passions sinon obscures et toujours retenues. Pays de tendresses longues et d'élans discrets.
Régions d'ombres fluides, agitées par les vents jouant dans les ormes, les hêtres pourpres, les vastes marronniers; régions d'eaux lentes, de collines basses.
          Territoires intérieurs livrés aux fervents : les attentifs du petit matin, les patients de midi, les attardés du jour.
Terres de fidèles.
 (http://www.colettenysmazure.be/biblio/criee_aube.php)

Fiche

Editeur 
Arbre à paroles (L')
Année 
1995