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Religions et Développement

Oeuvre

texte scientifique / technique / pédagogique

Extrait: 

<p>Travailler de nombreuses ann&eacute;es au d&eacute;veloppement &eacute;conomique de pays aux religions aussi diff&eacute;rentes que le catholicisme et l'animisme ou le protestantisme et l&rsquo;islam, am&egrave;ne &agrave; s'interroger sur les relations existant entre la culture religieuse dominante d'un pays et ses capacit&eacute;s &agrave; se d&eacute;velopper. L'&eacute;conomiste ne peut que s'&eacute;tonner de l'actuel marasme que connaissent de nombreux pays musulmans proches de l'Europe et riches de ressources naturelles tandis qu'&agrave; l'autre extr&eacute;mit&eacute; de la plan&egrave;te quelques pays confucianistes, n'ayant aucun atout &eacute;conomique ni strat&eacute;gique, arrivent &agrave; se d&eacute;velopper et &agrave; concurrencer les premiers pays industrialis&eacute;s, quelles que soient leurs caract&eacute;ristiques g&eacute;ographiques et politiques. Les religions, les cultures seraient-elles &agrave; l&rsquo;origine des grandes disparit&eacute;s &eacute;conomiques mondiales ? La culture est &eacute;videmment &eacute;troitement li&eacute;e &agrave; la religion et il est parfois difficile de distinguer l'une de l'autre. Mais la premi&egrave;re surprise des auteurs en se penchant sur la relation existant entre religions et d&eacute;veloppement fut de constater que, contrairement aux discours habituellement tenus, les religions semblent &ecirc;tre l'un des facteurs-clefs du d&eacute;veloppement. La seconde surprise fut de d&eacute;couvrir que cette relation, coh&eacute;rente et syst&eacute;matique, est souvent aussi ignor&eacute;e par les religieux que par les &eacute;conomistes eux-m&ecirc;mes. Ceux-ci semblent r&eacute;pugner &agrave; admettre que la religion, le spirituel, puisse influencer l'&eacute;conomique, le mat&eacute;riel. Pourtant, chaque ann&eacute;e, leurs &laquo; bilans mondiaux &raquo; tiennent sensiblement le m&ecirc;me discours &eacute;conomico-religieux. En Europe de l&rsquo;Ouest, quelques pays du Nord se distinguent par leur &laquo; dynamisme &raquo; &mdash; ce sont des pays protestants. Les &Eacute;tats-Unis, l&rsquo;Australie, la Nouvelle Z&eacute;lande &laquo; consolident &raquo; leur croissance &eacute;conomique &mdash; ce sont aussi des pays protestants. L&rsquo;Europe de l&rsquo;Est sort difficilement du &laquo; chaos &eacute;conomique &raquo; &mdash; ce sont surtout des pays orthodoxes. L&rsquo;Am&eacute;rique latine se redresse pour mieux retomber &mdash; ce sont des pays catholiques. Le Moyen-Orient, le Maghreb connaissent &laquo; marasme et tensions extr&ecirc;mes &raquo; &mdash; ce sont des pays musulmans. L&rsquo;Afrique subsaharienne conna&icirc;t &laquo; g&eacute;nocides et d&eacute;stabilisations &raquo; &mdash; ce sont des pays animistes. Les pays de l'est asiatique &laquo; &eacute;mergent &raquo; &mdash; ce sont des pays confucianistes. Pourtant, hier, Max Weber voyait dans le confucianisme l&rsquo;une des raisons du sous-d&eacute;veloppement de la Chine. Aujourd'hui Guy Sorman (1987), dans La Nouvelle richesse des nations, dit : &laquo; ...la religion n'appara&icirc;t gu&egrave;re d&eacute;cisive comme cause du d&eacute;veloppement &raquo;. Dans son livre le Tiers-monde dans l'impasse, Paul Bairoch (1971) consid&egrave;re que &laquo; le facteur religion est presque totalement absent de la probl&eacute;matique des in&eacute;galit&eacute;s r&eacute;gionales de d&eacute;veloppement &raquo;. Enfin L&ecirc; Th&agrave;nh Kh&ocirc;i (1992) dans son livre Culture, cr&eacute;ativit&eacute; et d&eacute;veloppement est plus nuanc&eacute; : &laquo; Toute religion renferme des textes qui, interpr&eacute;t&eacute;s d'une fa&ccedil;on ou d'une autre, se r&eacute;v&egrave;lent favorables ou d&eacute;favorables au d&eacute;veloppement. (...) La religion exerce une grande influence politique, sociale, culturelle, mais accessoire au plan &eacute;conomique &raquo;. Par contre, Alain Peyrefitte (1995) d&eacute;clare dans son livre intitul&eacute; La soci&eacute;t&eacute; de confiance : &laquo; C&rsquo;est la connaissance du tiers-monde qui m&rsquo;a convaincu que le Capital et le Travail &mdash; consid&eacute;r&eacute;s (...) comme les facteurs du d&eacute;veloppement &eacute;conomique &mdash; &eacute;taient en r&eacute;alit&eacute; des facteurs secondaires ; et que le facteur principal, qui affectait d&rsquo;un signe plus, ou d&rsquo;un signe moins, ces deux facteurs classiques, &eacute;taient un troisi&egrave;me facteur, que j&rsquo;ai appel&eacute; il y a vingt ans le tiers facteur immat&eacute;riel, autrement dit le facteur culturel &raquo;. Pour d&eacute;velopper sa th&egrave;se, il compare le d&eacute;veloppement des pays catholiques &agrave; celui des pays protestants en constatant que &laquo; la fracture op&eacute;r&eacute;e (...) entre l&rsquo;Europe de la R&eacute;forme et celle de la Contre-R&eacute;forme continue de diviser les soci&eacute;t&eacute;s du continent &mdash; comme elle s&eacute;pare aussi les soci&eacute;t&eacute;s de civilisation europ&eacute;enne transplant&eacute;es dans le Nouveau Monde &raquo;. Mais pour l&rsquo;auteur cette situation &laquo; refl&egrave;te moins une d&eacute;termination de l'&eacute;conomique par le religieux (...) qu'il n'exprime une affinit&eacute; &eacute;lective entre un comportement socio-&eacute;conomique spontan&eacute; et un choix confessionnel &raquo;. De son c&ocirc;t&eacute;, Emmanuel Todd (1984) dans L'enfance du monde nous dit : &laquo; Je soutiendrai dans ce livre que le mouvement culturel n'est ni un frein ni une composante secondaire du d&eacute;veloppement, mais son essence m&ecirc;me &raquo;. Et de montrer qu'un certain type de structure familiale &mdash; que l'on retrouve notamment en Allemagne, au Japon et en Cor&eacute;e ! &mdash; semble particuli&egrave;rement favorable &agrave; une culture engendrant le d&eacute;veloppement. *** La pr&eacute;sente &eacute;tude recherche les facteurs qui expliquent le d&eacute;veloppement tr&egrave;s in&eacute;gal constat&eacute; entre les grandes aires religieuses en essayant de distinguer le culturel du religieux. Elle met en exergue le r&ocirc;le souvent ignor&eacute; des religions et permet de mieux comprendre les m&eacute;canismes par lesquels elles m&egrave;nent le monde, sa spiritualit&eacute; et son d&eacute;veloppement. Le premier chapitre pr&eacute;cise le sens donn&eacute; au mot d&eacute;veloppement et tente de l'&eacute;valuer dans les neuf aires religieuses retenues. Le r&eacute;sultat est saisissant : chaque religion engendre un niveau sp&eacute;cifique de d&eacute;veloppement et les &eacute;carts entre ces niveaux sont tr&egrave;s importants. Par ordre d&eacute;croissant on trouve les aires juive, confucianiste, protestante, catholique, orthodoxe, musulmane, bouddhiste, hindouiste et animiste. Cet ordre est pratiquement immuable quel que soit l'ensemble retenu &mdash; monde, continent, pays, syst&egrave;me politique, structure familiale. Le deuxi&egrave;me chapitre analyse cette coh&eacute;rence et cette constance. La corr&eacute;lation religions-d&eacute;veloppement &eacute;tablie, il est n&eacute;cessaire de v&eacute;rifier si d'autres facteurs &mdash; syst&egrave;me politique, colonialisme, imp&eacute;rialisme, etc. &mdash; ne peuvent l'expliquer. Cette recherche est d&eacute;velopp&eacute;e dans le troisi&egrave;me chapitre et montre, qu'en effet, divers facteurs, tels que certains climats ou certaines structures familiales, se superposent &agrave; des aires religieuses sp&eacute;cifiques et expliquent partiellement leurs diff&eacute;rents niveaux de d&eacute;veloppement. Mais, apr&egrave;s analyse, le facteur religieux s'av&egrave;re toujours le plus d&eacute;terminant. Le chapitre quatre montre que les religions ne ma&icirc;trisent pas le comportement de leurs fid&egrave;les. Ceux-ci sont eux-m&ecirc;mes dirig&eacute;s, domin&eacute;s par des forces sociales, politiques, d&eacute;mographiques qui les &eacute;loignent des objectifs fix&eacute;s par le discours religieux. Par exemple, les religions chr&eacute;tiennes pr&eacute;conisant l'amour du prochain ont engendr&eacute; et engendrent encore beaucoup de violence, en Am&eacute;rique latine notamment ; l'islam pr&ecirc;chant l'umma, la communaut&eacute; unie des fid&egrave;les, est actuellement d&eacute;chir&eacute; par d'interminables luttes politiques, par des guerres civiles et religieuses. Si les religions ont r&eacute;ellement une influence sur le d&eacute;veloppement, ce ne peut-&ecirc;tre que via certains facteurs servant d'interface. Le chapitre cinq les classe suivant quatre degr&eacute;s. Le premier regroupe les pr&eacute;ceptes &agrave; caract&egrave;re &eacute;conomique tels l'interdit du pr&ecirc;t &agrave; int&eacute;r&ecirc;t, l'aum&ocirc;ne obligatoire, etc. Les facteurs du second degr&eacute; reprennent les pr&eacute;ceptes agissant indirectement sur l'&eacute;conomie tels ceux qui obligent &agrave; je&ucirc;ner ou qui influencent la d&eacute;mographie. Avec les pr&eacute;c&eacute;dents, ces facteurs sont les plus apparents mais probablement pas les plus influents. En effet, les facteurs du troisi&egrave;me degr&eacute;, plus subtils, plus immat&eacute;riels ont une influence plus d&eacute;terminante : ils forgent chez le croyant la mentalit&eacute; lui permettant ou non d'agir, de cr&eacute;er, d'innover, de participer au d&eacute;veloppement. Enfin les facteurs du quatri&egrave;me degr&eacute; rel&egrave;vent de l'inconscient et expliquent certaines contradictions existant parfois entre le sublime message fondateur des religions et la triste r&eacute;alit&eacute;. Les neuf chapitres suivants analysent chacune des grandes religions retenues. Apr&egrave;s un bref rappel de l'origine et du d&eacute;veloppement historique de la religion trait&eacute;e, l'accent est mis sur les facteurs qu&rsquo;elle contient et qui influencent positivement ou n&eacute;gativement le d&eacute;veloppement. Se dessine alors une Histoire tr&egrave;s diff&eacute;rente de celle des manuels scolaires mais qui explique mieux l'&eacute;tat d'extr&ecirc;me richesse ou d'extr&ecirc;me pauvret&eacute; d'hommes pourtant fondamentalement &eacute;gaux et semblables. La conclusion regroupe par th&egrave;me (d&eacute;mographie, libert&eacute;, etc.) les facteurs relev&eacute;s au cours de l'&eacute;tude et &eacute;tablit, pour chaque religion, le bilan entre les facteurs positifs et les facteurs n&eacute;gatifs. Une &eacute;vidence appara&icirc;t alors : le d&eacute;veloppement n&rsquo;est dynamique que dans les aires religieuses o&ugrave; les facteurs positifs sont majoritaires ! La corr&eacute;lation religions-d&eacute;veloppement est ainsi d&eacute;mont&eacute;e et d&eacute;montr&eacute;e.</p>

Fiche

Editeur 
Economica
Année 
1998