Menu
Mon compte
  • Écrit
Revenir à la liste des oeuvres

La Longue promenade avec un cheval mort

Oeuvre

littérature générale
La Longue promenade avec un cheval mort

C'est l'automne. Sur une route de campagne roule un camion. Il transporte un cheval congelé qui s'appelle Hope. David est au volant. Il prétend qu'il est jardinier - mais il est surtout perdu.
Pourquoi a-t-il détruit la maison de ses rêves ? Pourquoi néglige-t-il son travail ? Pourquoi a-t-il quitté la femme qu'il aime ? Et que fait-il là avec ce cheval pour compagnon ? Telles sont les questions que se pose Antoine, qui vient de rencontrer David dans un champ de boue où l'un et l'autre ont dérapé. Antoine est écrivain, mais il a quitté la littérature et Paris pour vivre avec Rosa une histoire sage. "L'amour, c'est le malheur", a-t-il écrit autrefois. Maintenant, il a composé avec la vie, et d'une certaine manière, atteint son but. Il lui reste à accompagner David dans le voyage singulier que celui-ci a entrepris sous le signe d'un cheval mort. Voilà, dira-t-on, une étrange histoire. Elle a le charme mystérieux de ces coquillages qui, lorsqu'on les porte a l'oreille, vous murmurent tous les secrets de la mer.

Extrait: 

<p>La fin du jour ne s'appelle pas encore la nuit et quelque chose de clair s'installe dans les branches basses des arbres bordant le canal comme pour y rester toujours. <br /> Pourtant, la journ&eacute;e s'ach&egrave;ve. L'eau brune du canal a vir&eacute; au noir, et peut-&ecirc;tre ce changement de couleur a-t-il modifi&eacute; les intentions de David. David qui est perdu et qui a song&eacute; longuement &agrave; s'y jeter. Avec ou sans le camion ? La question en cache une autre : avec ou sans le cheval ? Un cheval nomm&eacute; Hope, comme Bob Hope, comme Elmo Hope, le pianiste de jazz m&eacute;connu, Hope comme l'espoir mais quel espoir ? David arr&ecirc;te le moteur, quitte la cabine. L'odeur de l'eau lui envahit les narines, elle est douce, un peu lourde. 'Mais qu'est-ce que je fais ici ?' dit-il &agrave; voix haute et il va vers l'arri&egrave;re du camion, dont il ouvre la porte. <br /> Encore une fois il est impressionn&eacute; par la taille du cheval et le froid le fait frissonner. Les sangles sont bien fix&eacute;es, Hope n'a pas boug&eacute;. Debout &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s, David se dit que c'est insens&eacute;, ce voyage. Il quitte le camion. Une fine pluie s'est mise &agrave; tomber, elle balaie lentement la surface du canal. Au bout, pense David, il y a la mer, t&ocirc;t ou tard, et l'espoir fait vivre aussi les types comme moi. Il se passe la main dans les cheveux, le mouvement lui dit qu'il a un peu mal &agrave; la t&ecirc;te, il se penche en arri&egrave;re, muscles du cou un peu douloureux pour avoir pass&eacute; trop d'heures &agrave; rouler sans s'arr&ecirc;ter. L&agrave;-haut, le ciel est un d&eacute;cor d'&eacute;toiles qui commencent &agrave; clignoter. S'y prom&egrave;nent de longs nuages effiloch&eacute;s, pouss&eacute;s par des vents que la nuit presse. Le rideau va bient&ocirc;t tomber. David actionne le d&eacute;marreur et le bruit du moteur efface celui de la pluie. Doucement, le camion rejoint la route qui longe le canal. On ne peut pas toujours revenir en arri&egrave;re et, surtout, on ne peut pas toujours tout recommencer &agrave; z&eacute;ro. Le compteur indique 189 624 kilom&egrave;tres. Le camion n'est pas neuf, la vie non plus, et le cheval est immobile.</p>

Fiche

Editeur 
R.Laffont
Année 
2005