Menu
Mon compte
  • Écrit
Revenir à la liste des oeuvres

La Nuit est la dernière image

Oeuvre

littérature générale

Un homme et une femme. Les lieux, provisoires, où ils se retrouvent : villes, désert africain, plage de la mer du Nord. Et tout ce qui, les rapprochant, les éloigne.
Est-il possible, en effet, d'être véritablement présent au monde, à soi-même, à l'autre ? Il faudrait que la vie soit 'comme un film lent mais sans moments perdus, parfaitement ajusté, loin de la réalité, l'inacceptable, l'insupportable réalité'. Telle est la nostalgie de David. Et pour que la réalité soit acceptable, il faudrait, au sens propre, 'tuer le temps', ce temps qui la ronge, perpétuel entre-deux. Ainsi David est-il prisonnier de cette malédiction qui tantôt le projette au-delà de lui-même, dans la fuite en avant, la peur, tantôt le retient en deçà, dans l'absence, l'indifférence - et l'on dirait, alors, qu'il sort du jeu, comme si tout et tous les êtres lui devenaient subitement étrangers, et presque inexistants…

Extrait: 

<p>&Agrave; la fin tout se trouble. Les contours s'estompent. Ne restent plus que des lignes et des ombres. Fatigue des yeux, apr&egrave;s avoir trop longtemps fix&eacute; la route trac&eacute;e au milieu des &eacute;tendues de sable, au milieu de ce scintillement aigu, inalt&eacute;rable. Une mer de sable, mais qui n'a rien &agrave; voir avec la mer, celle qu'il imagine, qu'il revoit, grise, bord&eacute;e de plages blanches o&ugrave; les pas des rares promeneurs de l'hiver dessinent de longues et d&eacute;risoires figures. Nulle silhouette depuis des heures, comme si le soleil avait fait le vide autour du v&eacute;hicule. <br /> Anne semble endormie. Non, elle rel&egrave;ve la t&ecirc;te, et se retourne quelques secondes, comme si elle pouvait encore voir la ville. Cette ville qui a disparu, qui n'&eacute;tait peut-&ecirc;tre qu'un tourbillon de vent et de sable. Cette ville qu'ils ont travers&eacute;e, &agrave; l'aube, d'une traite, et dont David semblait conna&icirc;tre le plan par c&oelig;ur, dans ses moindres d&eacute;tails. <br /> Il ne parle pas. Depuis le d&eacute;part, il n'a dit que quelques mots, tout entier absorb&eacute; par le voyage. Le voyage : cette route o&ugrave; la voiture &eacute;l&egrave;ve dans son sillage des &icirc;les de poussi&egrave;re, ce ciel uniforme, qu'il regarde sans le voir. <br /> Anne s'est endormie. Elle ne voit pas passer les heures. Elle ne voit pas tomber la nuit. Elle a froid peut-&ecirc;tre. David devine qu'elle frissonne dans son sommeil. Lui-m&ecirc;me, &agrave; cette id&eacute;e, se rend compte que la temp&eacute;rature, comme toujours, a fortement baiss&eacute; d&egrave;s la tomb&eacute;e du jour. Il voudrait prendre un v&ecirc;tement chaud pour elle dans un des sacs de voyage qui sont rang&eacute;s &agrave; l'int&eacute;rieur du v&eacute;hicule, mais comment s'arr&ecirc;ter ? Il ne le pourrait pas. Il continue, accentue m&ecirc;me la pression de son pied sur l'acc&eacute;l&eacute;rateur. Des nomades, au loin, sous leurs tentes, se r&eacute;veillent peut-&ecirc;tre au bruit de la voiture, puis se rendorment. <br /> <br /> Les heures de la nuit se ressemblent toutes, et la Land-Rover n'est plus qu'un bloc compact et sombre, accroch&eacute; pour des si&egrave;cles &agrave; la lumi&egrave;re des phares.</p>

Fiche

Editeur 
R.Laffont
Année 
1982