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Les Petites voix

Oeuvre

littérature générale
Les Petites voix

C'est le début de l'été et la ville se vide. Une traductrice, journaliste à ses heures, accepte de faire pour un magazine le portrait détaillé de Paul Grenz, un musicien réputé mais mal connu. Disposant de peu d'informations, ignorant où il vit - et même s'il est encore vivant - elle va être amenée à rencontrer diverses personnes l'ayant côtoyé. De témoignages en confidences, d'anecdotes en révélations, l'enquêtrice improvisée réunit à sa façon les pièces d'un puzzle apparemment paradoxal.
Mais la vie n'est paradoxale que si l'on croit qu'elle va ressembler à l'idée toute faite qu'on en a. Pour la jeune femme, l'enquête va se transformer en découverte. De quoi ? D'une certaine sagesse, peut-être.
'Mesdames et Messieurs, qui pour la plupart exercez d'importantes fonctions dans le monde de la culture, je vois dans vos yeux,' dit Paul Grenz, 'que la même question vous tourmente tous : à quoi sert l'art ? Eh bien, c'est très simple : l'art, ça sert à montrer des éléphants très petits et des fourmis très grosses. Pour quoi faire ? me direz-vous. Parce que la vie est pleine de fourmis très grosses et d'éléphants très petits et que, sans les artistes, les petits éléphants, on ne les verrait pas. Et, sans le savoir, on continuerait toute sa vie à marcher sur des éléphants, espèce protégée pourtant, comme vous le savez.'

Extrait: 

<p>'J'ai regard&eacute; Peter Hartman. En me parlant, il s'&eacute;tait tourn&eacute; vers quelque chose que je ne voyais pas et un tr&egrave;s fin sourire se dessinait sur son visage.' <br /> 'La question, ce serait quelque chose comme : 'Sommes-nous libres?'. Grrrrave question, n'est-ce pas ? Paul &eacute;tait parfois un homme tr&egrave;s grave quand il &eacute;tait jeune, je vous ai dit &ccedil;a, n'est-ce pas ? Bien s&ucirc;r, nous ne sommes pas libres. Les choses vont, les choses viennent, tout bouge tout le temps, la roue tourne et la vie nous porte o&ugrave; nous devons aller et nulle part ailleurs. <br /> 'Pas libres du tout ?' <br /> 'Libres de regarder, &ccedil;a oui. Et c'est &eacute;norme comme libert&eacute;, vous savez. Regarder avec les yeux ouverts ou avec des lunettes noires. Regarder avec le sourire ou regarder avec de la col&egrave;re ou de l'amertume. Paul savait &ccedil;a - tout le monde le sait au fond de soi, mais &agrave; l'&eacute;poque, il ne pouvait pas l'accepter. Il se d&eacute;battait tout le temps. Moi aussi, mais un peu moins que lui. &Ccedil;a appartient &agrave; la jeunesse. Certains y mettent beaucoup plus de force que d'autres. L'un casse un crayon, l'autre pulv&eacute;rise sa maison &hellip;' <br /> 'Qu'est-ce qui vous faisait sourire il y a un instant ?' <br /> 'La photo qui est l&agrave;. Vous pouvez la prendre.' <br /> Sur le bureau, j'ai trouv&eacute; une photo qui m'a paru cocasse. En noir et blanc, un improbable quatuor faisait des sourires. Peter Hartman avec sa trompette et Paul Grenz sans son piano &eacute;taient entour&eacute;s par un gigantesque bonhomme de race noire accroch&eacute; &agrave; une contrebasse et un minuscule Asiatique en blouse et short de tennis. <br /> 'Le petit bonhomme, c'est Bobo-Roshi, un ma&icirc;tre zen. La personne la plus extraordinaire que j'ai rencontr&eacute;e de ma vie. La plus dr&ocirc;le aussi. Il ne faut pas que je parle de lui, je n'en finirais pas. Paul l'a rencontr&eacute; dans des circonstances que j'ignore mais je sais que Bobo-Roshi lui a donn&eacute; son adresse et lui a dit : &quot;Si tu n'es pas mort dans trois jours, viens chez moi. Je t'apprendrai &agrave; jouer du shakuhachi&quot;. Voil&agrave;. Paul n'est pas mort (il n'en &eacute;tait pas loin pourtant) et il est all&eacute; chez Bobo-Roshi &hellip;'</p>

Fiche

Editeur 
Belfond
Année 
2003