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Qu'il pleuve

Oeuvre

littérature générale
Qu'il pleuve

Ce roman évoque, tout au long d'un été étouffant, la lente dérive d'un écrivain. Chez son éditeur, une femme a lu le manuscrit qu'il vient juste d'achever. Elle désire l'acheter. Mais pas à la façon dont on achète ordinairement un livre ...
Elle le veut pour elle toute seule. Comme on acquiert un tableau, un objet unique. Et pour cela, elle lui propose une forte somme d'argent. Mais l'écrivain peut-il ainsi vendre son roman, sa vie, son âme ?
Edition de poche : Pocket, 2000

Extrait: 

<p>C'&eacute;tait la fin du jour et la fin du mois de juin, d&eacute;j&agrave; l'&eacute;t&eacute;, j'avais termin&eacute; un roman au titre absent. Silencieux et plus &agrave; l'abandon qu'abandonn&eacute;, j'admirais, aux derniers &eacute;tages du ciel, de longs nuages finement peign&eacute;s. <br /> C'&eacute;tait la fin du jour, le t&eacute;l&eacute;phone a sonn&eacute; plusieurs fois, et bien que n'&eacute;tant pas chez moi, j'ai fini par d&eacute;crocher. C'est ainsi, au d&eacute;but d'un des &eacute;t&eacute;s les plus chauds du si&egrave;cle - ce qui ne veut rien dire, car qui vit vraiment aussi longtemps ? - que j'ai entendu pour la premi&egrave;re fois, pos&eacute;e comme un seule note sur une partition, la voix d'Ariane. <br /> J'&eacute;tais &agrave; Paris, c'est-&agrave;-dire quelque part entre Bruxelles et les villas en bois, qui, &agrave; Houlgate, sur la Manche, assurent que le temps qui passe n'est qu'une vue de l'esprit. Jean-Michel, qui vit l&agrave; depuis plusieurs ann&eacute;es, se contente de dire que le temps est une chambre avec vue sur la mer. C'est lui qui a publi&eacute;, voici une quinzaine d'ann&eacute;es, mes premiers textes, et depuis lors, je lui donne &agrave; lire le manuscrit de chacun de mes livres. J'avais donc d&eacute;pos&eacute; un paquet de feuilles nomm&eacute; 'Roman 6' sur sa table de travail et nous avions march&eacute; longtemps sur la plage, parlant de musique et de la couleur de l'eau, parlant aussi, mais peu, comme toujours, de mon nouveau livre. D'une fa&ccedil;on ou d'une autre, je suis n&eacute;cessairement port&eacute; &agrave; sauver mes personnages, &agrave; leur ouvrir, pour finir, une porte m&ecirc;me d&eacute;rob&eacute;e, &agrave; leur offrir ne f&ucirc;t-ce qu'une parcelle de beaut&eacute;. Mais l&agrave;, j'avais &eacute;crit une histoire dont la fin m'&eacute;chappait. L'avant-dernier chapitre &eacute;tait donc devenu le dernier et c'&eacute;tait peut-&ecirc;tre une bonne fin. <br /> J'aurais aim&eacute; avoir rapidement l'avis de Jean-Michel mais il avait cass&eacute; la veille les lunettes sans lesquelles il lui est impossible de d&eacute;chiffrer quoi que ce soit. Il attendait dans la soir&eacute;e des invit&eacute;s pour lesquels il allait d&eacute;ployer ses talents de cuisinier et je l'avais quitt&eacute; apr&egrave;s avoir re&ccedil;u la promesse d'un coup de t&eacute;l&eacute;phone, soit &agrave; Paris chez des amis qui m'avaient invit&eacute; pour quelques jours, soit chez moi. <br /> Parce qu'ils avaient quelques courses &agrave; faire, mes amis parisiens s'&eacute;taient absent&eacute;s. L'air s'&eacute;tait transform&eacute; en blocs de chaleur empil&eacute;s les uns sur les autres et, bien que ne supportant pas cette temp&eacute;rature, je l'aimais presque, parce que je pouvais facilement y dissimuler ma paresse et ma fatigue. Terminer mon roman, apr&egrave;s de longs mois de travaux alimentaires qui m'avaient coup&eacute; l'app&eacute;tit, n'avait pas &eacute;t&eacute; simple; d'ailleurs, je ne l'avais pas vraiment termin&eacute;, et ce livre n'&eacute;tait pas, m&ecirc;me lointainement, celui que j'avais r&ecirc;v&eacute; . Bref, j'&eacute;tais ailleurs, sans douleur ni joie particuli&egrave;res, et je regardais, tr&egrave;s haut, et sans promesse de pluie, des nuages ni gris ni blancs. Alors le t&eacute;l&eacute;phone, alors une voix, voici Ariane.</p>

Fiche

Editeur 
Castor astral (Le)
Pocket
Année 
2000