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Biographie 

Je suis né deux fois. D’abord à Anvers en 1927; ensuite à Londres en 1958, date de mon premier séjour. Dans la première ville – ce fait accompli –, je découvris un fleuve plus ou moins intimiste, l’enfermement scolaire, un ennui endémique, mais aussi la caverne d’Ali Baba contenant les romans de Faulkner, Hawthorne, Julien Green, Henry James, Flaubert, Proust, et ainsi de suite.

Dans la seconde ville – rêvée depuis l’enfance –, Eldorado pour l’amateur d’épiphanie et d’insolite à discrétion, je reconnus le vrai lieu natal, celui où la littérature s’incarne hors des textes. Et quelle ne fut pas ma satisfaction en lisant, sous la plume d’Adrienne Monnier, que Londres participe du monde invisible, impression que ne m’ont pas communiqué Paris, Singapour, New York ou Prague. De ces éléments que complétèrent le cinéma britannique (son âge d’or !), les photographies de Bill Brandt dont le climat occulte confirme l’intuition d’Adrienne Monnier, sans omettre ma vie privée, naquirent mes romans, d’«Octobre long dimanche» au «Stratèges». Le roman poétique, touchant parfois au fantastique, ne fut pas un choix délibéré mais le consentement éperdu à une atmosphère que je portais en moi et qui excluait le réalisme. Le personnage central y était un miroir qui réfléchissait un dehors auquel d’ordinaire le regard d’autrui demeure insensible. Donc, le personnage est le support des situations. S’interroge-t-il à leur propos, c’est pour en jauger la part de menaces. Autrui lui est une apparition. Le monde, un lieu qu‘on ne change pas mais qu’on découvre. Quant au temps, c’est l’entité qui force Dieu à remettre sans répit Sa créature sur le métier. S’y refuserait-il, comme un conteur qui voudrait se débarrasser de ses personnages, que le Temps l’anéantirait.

Le 27 février 2012, Guy Vaes est décédé à l'age 85 ans.