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La mort de l'admiral

Oeuvre

littérature générale

Extrait: 

<p>Jo Gaillard, &laquo; La Mort de l&rsquo;Admiral &raquo; Ils se rendirent d'abord dans la timonerie, d'o&ugrave; l'on dominait l'immense pont plat parcouru par le r&eacute;seau serr&eacute; des tuyauteries et des vannes; bossel&eacute; par les hiloires cylindriques des trous d'homme. De l&agrave;-haut, Gaillard avait l'impression de se trouver au sommet d'un petit building. Grognant - il s'&eacute;tait brusquement senti de mauvaise humeur et ignorait pourquoi - il touchait &agrave; tout. Les multiples cadrans des appareils de navigation ultra-modernes le fascinaient et en m&ecirc;me temps l'irritaient. Il manipula pr&eacute;cautionneusement les boutons de commande du pilote automatique. - Bien beau, tout &ccedil;a, Morales! &Ccedil;a ne les a pas emp&ecirc;cher de se f... sur les r&eacute;cifs! La timonerie &eacute;tait intacte. Le feu avait arr&ecirc;t&eacute; sa progression dans la coursive centrale de l'&eacute;tage inf&eacute;rieur, boursouflant les murs immacul&eacute;s d'innombrables cloques brun&acirc;tres. La cabine du capitaine, de m&ecirc;me que celles de plusieurs officiers, avait &eacute;t&eacute; compl&egrave;tement ravag&eacute;e et &eacute;tait &agrave; pr&eacute;sent pleine de choses noires et puantes que l'eau avait transform&eacute;es en magma informe. Le second conduisit Gaillard aux &eacute;tages inf&eacute;rieurs, qui gardaient l'empreinte des flammes. Les cabines des hommes d'&eacute;quipage &eacute;taient sinistr&eacute;es pour la plupart, de m&ecirc;me que la cuisine, le carr&eacute; et le salon. Mais ces d&eacute;g&acirc;ts &eacute;taient relativement b&eacute;nins et le p&eacute;trolier restait apte &agrave; naviguer. Dans la salle des machines, qui ressemblait &agrave; une centrale &eacute;lectrique, les alternateurs continuaient de fonctionner, dispensant le courant &agrave; profusion. Tout &eacute;tait &eacute;blouissant de propret&eacute;. Drumont, qui tripotait un tableau couvert 1 de disjoncteurs et de fusibles, se tourna vers le capitaine lorsque celui-ci entra. - Tout est en ordre de marche, fit-il. J'ai coup&eacute; les circuits des locaux atteints par l'incendie, de sorte qu'il n'y a aucun risque de court-circuit. L'eau d&eacute;vers&eacute;e par les extincteurs automatiques est &agrave; peu de chose pr&egrave;s &eacute;vacu&eacute;e. Avez-vous des instructions sp&eacute;ciales &agrave; me communiquer? - Oui... La nuit tombe et nous devons prendre nos pr&eacute;cautions. Vous allumerez les feux de position. Code: navire &eacute;chou&eacute;. Morales qui caressait respectueusement le pupitre de commande des turbines, toussa pour attirer l'attention deson chef. - Quelque chose &agrave; dire? demanda Gaillard. - Oui, capitaine. Les matelots et moi avons sond&eacute;. Le r&eacute;sultat n'est gu&egrave;re brillant. La quille repose sur le rocher &agrave; l'avant, et la coque, &agrave; tribord, est coinc&eacute;e contre un &eacute;cueil sous-marin. Si vous d&eacute;sirez d&eacute;gager le b&acirc;timent, il faudra flanquer &agrave; la mer une grosse quantit&eacute; de p&eacute;trole. Gaillard ne r&eacute;pondit pas et, par le d&eacute;dale d'&eacute;chelles et de passerelles m&eacute;talliques, regagna le pont. L'ombre avait envahi le ciel et les premi&egrave;res &eacute;toiles luisaient faiblement au ras de l'horizon. Le vent, qui soufflait de plus en plus fort, &eacute;tait froid. L'odeur lourde du p&eacute;trole stagnait partout. Les feux de position s'allum&egrave;rent brusquement: blanc - rouge, rouge - blanc, indiquant que le p&eacute;trolier &eacute;tait &eacute;chou&eacute; et qu'il n'&eacute;tait plus ma&icirc;tre de sa man&oelig;uvre. Les deux matelots emmen&eacute;s par Morales se tenaient &agrave; l'entr&eacute;e d'une porte. Accroch&eacute; au flanc du navire, bien abrit&eacute; de la houle, O'Brien attendait le bon plaisir du capitaine en s'effor&ccedil;ant d'emp&ecirc;cher la baleini&egrave;re de heurter trop violemment la coque. L'embarcation utilis&eacute;e par le groupe du second avait &eacute;t&eacute; suspendue aux bossoirs du p&eacute;trolier et oscillait &agrave; quelques pieds de hauteur au-dessus du pont. Morales tendit le bras en direction de la proue. - Voyez, capitaine, le temps se d&eacute;t&eacute;riore de plus en plus. Les yeux bleus fouill&egrave;rent toute la longueur du pont balay&eacute; toutes les trente ou quarante secondes par une lame plus forte que les autres. A chaque coup de boutoir, le b&acirc;timent r&eacute;sonnait sourdement sans accuser le moindre glissement. Le capitaine pensait qu'il e&ucirc;t mieux valu qu'il r&eacute;agisse, car sa coque devait supporter une pression non uniforme de dizaines de milliers de tonnes d'eau lanc&eacute;es &agrave; toute vitesse. Il posa sa main sur le bras de Morales. - Il ne r&eacute;sistera pas ind&eacute;finiment &agrave; de tels chocs, dit-il. Il est soumis &agrave; un effort de torsion consid&eacute;rable et, pour ne rien arranger, sa quille doit &ecirc;tre en train de s'ancrer de plus en plus profond&eacute;ment dans le rocher. Il changea brusquement de ton, se fit imp&eacute;ratif: - Morales, allez voir s'il n'est pas possible de faire du caf&eacute; quelque part &agrave; bord de ce maudit navire. Les hommes et vous en avez le plus grand besoin. Sans mot dire, le second disparut &agrave; l'int&eacute;rieur du ch&acirc;teau arri&egrave;re. Les matelots le suivirent. Confus&eacute;ment, tous trois comprenaient que le capitaine avait besoin d'&ecirc;tre seul. Gaillard traversa le pont, alla s'accouder &agrave; la rambarde, du c&ocirc;t&eacute; du large. A cet endroit, vu la l&eacute;g&egrave;re sur&eacute;l&eacute;vation du pont, il se trouvait hors de port&eacute;e des lames qui, claquant comme des coups de fouet, se brisaient et d&eacute;ferlaient d'un bord vers l'autre. Sous la lumi&egrave;re cr&eacute;pusculaire, la mer &eacute;tait glauque, mena&ccedil;ante. Sans rien conna&icirc;tre des derni&egrave;res pr&eacute;visions m&eacute;t&eacute;orologiques, le Fran&ccedil;ais sentait que les heures &agrave; venir seraient rudes. Sans aller n&eacute;cessairement jusqu'&agrave; la temp&ecirc;te qui sonnerait le glas du navire g&eacute;ant, la houle augmenterait probablement en amplitude et en force. Il fallait agir au plus vite. Et lui, Jo Gaillard, capitaine de l'Andromaque, perch&eacute; pr&eacute;sentement sur une sorte de gigantesque tonneau contenant pr&egrave;s de 100 000 tonnes de p&eacute;trole brut, devait d&eacute;cider de la conduite &agrave; tenir. Il se trouvait plac&eacute; en face d'une redoutable alternative: faire appel aux remorqueurs de haute mer qui mettraient au moins vingt-quatre heures &agrave; atteindre les lieux - et Dieu seul savait ce que serait devenu l'Admiral dans vingt-quatre heures - ou tenter lui-m&ecirc;me le d&eacute;gagement du b&acirc;timent en jetant &agrave; la mer une quantit&eacute; de p&eacute;trole de loin sup&eacute;rieure &agrave; celle primitivement escompt&eacute;e. S'il agissait ainsi, Gaillard n'ignorait pas qu'il allait souiller des dizaines et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me des centaines de milles de c&ocirc;te. Le temps pressait. Que faire? Il ne pouvait pas se tromper. Il n'en avait pas le droit. Il devait agir selon sa conscience de marin et tenter de sauver co&ucirc;te que co&ucirc;te le grand navire coinc&eacute; dans les r&eacute;cifs. (pp. 41-44)</p>

Fiche

Editeur 
Marabout
Année 
1967