Menu
Mon compte
  • Spectacle vivant
Revenir à la liste des oeuvres

Réflexions balistiques

Oeuvre

théâtre - texte

Ce qui se passe dans le cerveau d'un homme qui voit s'approcher la cause de sa destruction imminente. Il peut se demander qui est derrière cette mort programmée. Cela peut être l'occasion d'une introspection féconde : rien de tel que l'urgence pour se remuer les méninges. Il peut même se réjouir de l'attention, très ciblée, qu'on lui porte. Mais finalement, ce qui compte, n'est-ce pas le rendez-vous pris entre ce petit bout de métal, lisse et froid, avec ce cerveau chaud et circonvolutionné ?

Extrait: 

<p>Je suis assis dans un fauteuil et je ne fais rien. Je ne lis pas, je ne parle pas, je n'&eacute;coute pas de musique et je peux &agrave; peine affirmer que je pense. Les jambes crois&eacute;es, je regarde la vue &agrave; travers la baie vitr&eacute;e du salon, distante d'une dizaine de m&egrave;tres. Cette perspective me d&eacute;tend : d'abord, mon appartement spacieux et bien rang&eacute; &ndash; je vis seul &ndash; ensuite les maisons du quartier, dont j'aper&ccedil;ois seulement quelques toits, et au-del&agrave;, les tours du centre ville. Comme j'habite le septi&egrave;me &eacute;tage d'un immeuble &agrave; loyers exag&eacute;r&eacute;s, je jouis d'une vue qui s'&eacute;tend sur des kilom&egrave;tres. Alors que tout est tranquille depuis au moins une heure, mon attention est attir&eacute;e par un fait &eacute;trange : sans que cela fasse le moindre bruit, une &eacute;toile s'est form&eacute;e sur la vitre principale de la baie vitr&eacute;e. Au centre de cette &eacute;toile, &agrave; hauteur de mon visage, un petit trou. Il n'y a pas de quoi s'inqui&eacute;ter, il suffira d'appeler un vitrier et de contacter l'assurance. Cela occasionnera quelques d&eacute;marches fastidieuses, mais j'ai le temps. C'est le luxe principal dont je jouis dans la vie. Le temps. La plupart des gens que j'ai c&ocirc;toy&eacute;s travaillent pour gagner de l'argent. Absurde. La richesse &eacute;tant illimit&eacute;e, donc impossible &agrave; assouvir, ils participent &agrave; une course aussi effr&eacute;n&eacute;e qu'inutile. Et la majorit&eacute; d'entre eux finissent par mourir ext&eacute;nu&eacute;s, avec l'intime et frustrante conviction que la ligne d'arriv&eacute;e les attendait justement derri&egrave;re le prochain virage.</p>

Fiche

Editeur 
Lansman
Maison des auteurs
Année 
2000