N´être. Petites élucubrations sur le sens de nous mettre au monde

Dans un monde où les bébés se promènent les yeux écarquillés à la hauteur des tuyaux d’échappement, où bientôt le clonage remplacera l’étreinte des corps, où la barbarie pourrit l’homme depuis la nuit des temps, nous mettons encore des enfants au monde avec une espérance heureuse immuable qui cherche le sens de la vie. «N’être» est le titre d’un spectacle qui naît devant vous chaque soir. Personne n’y peut rien, le théâtre est ce lieu où tout naît chaque soir. «N’être» parle des charnières de la vie : la naissance et la mort. La naissance arrache à la mort et la mort met un terme à la vie, l’une conduit à l’autre mais qui de l’une ou de l’autre ouvre et ferme ? Une légende explique l’origine de la petite fossette que nous avons tous au dessus de la lèvre supérieure : depuis qu’il est dans le ventre de sa mère le bébé sait tout du monde et de ses secrets, lorsqu’il naît, grande est son envie de tout nous raconter, au moment où il ouvre la bouche, un ange survient et pose un doigt sur ses lèvres : chut !* «N’être» est un peu de silence trahi sur un plateau de théâtre, sans un gramme de désespoir mais un peu de tout le reste… * dans « Le bébé est une personne » de Bernard Martino (Éditions J’ai lu) «N’être», inédite, est créée le 8 octobre 2002 au Théâtre de la Balsamine (Bruxelles) dans une mise en scène de l’auteur, inspirée par et avec : Stéphane Auberghen, Nathalie Laroche, Cécile Leburton, David Quertigniez, Pietro Pizzuti, Etienne Van der Belen et Laurence Vielle. Musique : Matthieu Ha, Lumières : Frédéric Vannes, Costumes : Véronique Leyens. Tournée à Tournai.

Fiche

Année
2001

Extrait

La traversée : Tu me dis tu ? Dis-moi, tu me dis tu ? Dis. Je t´entends. Ce n´est pas moi. C´est plus fort que moi, c´est peut-être toi. Tu ne m´entends ni me vois. Tu es moi. Tu es tout. Il te faudra y renoncer si tu veux naître. Si tu veux n´être que toi. Tu me dis et toi? J´ai renoncé à n´être que moi depuis que tu es là. Tu ne seras plus tout. Tu seras toi. Veux-tu être toi? N´être que toi? Naître? Dis. Veux-tu naître? Oui... oui...Tu dis? Oui...pour? Si tu veux. Je ne sais pas. Si tu veux, mais je ne sais pas ce qui arrivera. Je ne sais pas. Le restant : Alors je reste. La traversée : Tu restes là? Le restant : Oui. La traversée : Où ça? Où restes-tu? Le restant : Je ne sais pas. Là. La traversée : Tu m´y emmènes? Le restant : Je ne sais pas. Si tu veux mais moi non plus je ne sais pas ce qui arrivera. La traversée : Alors viens. Le restant : Je suis là. La traversée : Pas vraiment... Le restant : Js suis tous ceux qui restent. Je suis ce qui est là maintenant. Je serai ça jusqu´à la fin du temps. La traversée : C´est long? Le restant : C´est maintenant. Rspirer vient tout seul. Aucune action, aucune, rien dont je me préoccupe. Tu sens cet air chaud? C´est la vie avant celle que tu crois. C´est la vie d´avant. C´est maintenant à rien d´autre pareil, tu sens? C´est moi qui respire tout seul sans le faire. Je suis mon souffle qui est tout pour toujours. Là jusqu´à la fin du temps. Je ne fais rien. La traversée : C´est maintenant que nous faillissons mourir. Le restant : Faillissons polisson. La traversée : Ton coeur polisson et le mien plus poltron. Ou l´inverse. Monsieursèche : C´est un drôle de verbe faillir... je veux dire sa conjugaison n´est pas, comment dire... elle est comment d´abord? Je failli? Je faille? Je faux? Tu faux, il faut, nous faillons, vous faillez, ils faillent. L´expulsé : Vous n´avez pas d´enfants si je comprends bien? L´incontinuée : Bien sûr que non, j´ai souscrit à une assurance "Solis".