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Capri, c’est fini, la rentrée littéraire aussi

Billets

10/09/2014 — Un billet de Edith Soonckindt

En vérité, je vous le dis, jadis je m'intéressais à la rentrée littéraire.
J'achetais Les Inrocks, Le Magazine littéraire, Lire, Le Matricule et Le Monde. Pire encore, j'achetais bon nombre des livres recommandés !
Mais ça c'était avant.
Aujourd'hui les rouages ont été démontés, mes heures sont moins nombreuses, mes finances aussi, aller à l'essentiel est ma priorité.
J'ai dû vieillir, en fait.
Et puis il m'a fallu du temps pour comprendre que tout ce déballage de phrases élogieuses, et pour le moins contagieuses, de la part de la presse spécialisée, n'était jamais que l'écho d'une vaste opération marketing destinée à faire vendre, ce qui est certes humain mais.

Les livres de la rentrée ne sont ni pires ni meilleurs que ceux des autres moments de l'année, ils auraient juste tendance à émaner d'auteurs médiatisables, donc vendables - qui ne riment pas forcément avec méprisables ou minables non plus - dont il serait plus judicieux pour mon avenir littéraire que je taise le nom.
Simplement, lorsque j'ai parcouru Lire cet été, je n'ai rien trouvé dans les extraits desdits livres qui me donne envie d'en acheter un seul ! Pas la moindre histoire qui me titille, et surtout, pas la moindre écriture qui me fasse dire "Là il y a quelqu'un" ; mais il est vrai que je suis un brin élitiste, pensez donc, oser aimer la littérature plutôt que les livres, et les écrivains plutôt que les auteurs, quelle idée cocasse, en vérité je vous le dis !

 

En plus, j'ose décréter céans qu'il faudrait arrêter de se focaliser sur ce phénomène médiatique et marketing savamment orchestré pour faire saliver, et donc faire vendre, en vérité je vous le dis aussi ! J'irai même jusqu'à suggérer de vous rebeller ! Parce qu'on n'en veut qu'à votre argent ! La rentrée littéraire n'est pas davantage gage de qualité ou d'intérêt que l'attribution d'un prix littéraire - je parle en connaissance de cause, j'en ai reçu deux, dont un premier largement immérité - ou que la proclamation d'un best-seller - même si j'en ai traduit cinq qui étaient très bien.
Il peut sortir de bons livres à cette occasion, bien sûr, mais il convient de se méfier de l'enthousiasme ambiant qui voudrait nous faire croire à une vague géniale qui couronnerait la totalité de ladite rentrée qui, in fine, n'est jamais adoubée que par elle-même. Disons le clairement : depuis la mort de Duras, je n'ai entrevu aucun écrivain génial sur la scène littéraire française, point.

 

Vous trouverez ci-après un mini manuel de sabotage visant à court-circuiter l'événement et à vous assurer une rentrée pérenne et économique :
Précepte No 1 : vous limiter à peu de livres, soigneusement sélectionnés. Après tout, il n'y a jamais que 24 heures dans une journée, et dormir peut en occuper la moitié. Sur 607 parutions j'en ai lu trois et aimé deux, ce n'est pas si mal, statistiquement parlant.
Précepte No 2 : vous pouvez aussi ne rien acheter et attendre novembre pour vous intéresser aux sorties moins tapageuses et peut-être plus innovantes, qui sait.
Précepte No 3 : relever les références des auteurs anglophones salués et les acheter en anglais et en poche - délais de traduction obligent pour la VF - si vraiment tenté, c'est moitié prix.
Précepte No 4 : vous intéresser aux livres de vrais écrivains (attention aux imitations) que vous ne pouviez vous offrir en broché et qui sortent en poche. Plaisir assuré, renforcé par les économies effectuées (voir supra).
Précepte No 5, encore plus économique : relire les livres, grands ou petits, que vous avez beaucoup aimés. Au milieu de tous ceux que je vendais il y a peu - vestiges des époques où je suivais la rentrée… - j'ai gardé une pile spéciale "relectures" contenant ces romans japonais si délicats, ou encore la superbe trilogie islandaise de Stefansson.

 
En vérité je vous le dis, il y a une vie littéraire, en dehors de la rentrée littéraire !
Surtout si l'on attend qu'elle soit passée…