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Derrière nos yeux, Anton Bialas

Billets

28/09/2018 — Un billet de Clara Bagni

Cette année encore, on a demandé aux étudiants de l'Insas qui se rendaient au FID de Marseille avec la Scam de nous ramener quelques impressions du festival... Voici la contribution de Clara Bagni, et on l'en remercie!

Derrière nos yeux, Anton Bialas

Dans son film Derrière nos yeux, Anton Bialas nous propose trois portraits, ou plutôt un portrait en triptyque de trois hommes à des stades différents de leur vie. On pourrait même penser à un seul homme incarné dans trois corps distincts. Dans chacun de ses trois « actes », le jeune réalisateur parvient à saisir et à nous partager des instants simples, beaux et purs. Que ce soit la caresse d’un rayon de soleil sur le visage de Patrick Dumont -le premier personnage- ou la sensation de l’écorce sous la main du troisième, interprété par Hadrien Mossaz, nous ressentons avec eux. Depuis mon siège dans la salle de la Villa Méditerranée, j’ai senti le soleil chauffer mon visage et ma main passer sur l’écorce de l’arbre. J’ai le sentiment que le réalisateur souhaite nous faire rencontrer ces personnages, comme lui les a rencontrés : avec beaucoup d’observation, d’écoute et de bienveillance. En effet, il porte une attention toute particulière aux regards, aux mains, au corps en général, mais surtout à la manière dont le corps interagit avec l’environnement.

La force de ce film naît des rencontres entre ces personnages et le réalisateur. Lors de la discussion après la projection du film, Anton Bialas est revenu sur la construction de la narration et donc sur sa rencontre avec ces trois hommes, surtout Patrick Dumont et Aliasare. L’écriture s’est faite avec eux, comme un travail commun :  il y a d’abord eu une intuition, quelque chose d’indicible qui a poussé Anton à aller vers l’autre. Puis, l’observation et l’acceptation de l’autre à être regardé et écouté. Le réalisateur parle de leur façon d’ «être au monde», expression qui m’a immédiatement fait penser à l’ «être-au-monde» d’Heidegger, au «dasein», c’est-à-dire cet être conscient de sa propre existence et de sa capacité à être au monde pour un temps compté. Il me semble qu’Anton Bialas utilise cette expression pour signifier le caractère unique de chacun des Hommes : chaque Homme à la capacité d’être ce qu’il veut, peu importe sa condition sociale. D’ailleurs, il le dit lui-même, ce n’est pas un film social mais un film dont les personnages subissent les symptômes de la société : la pauvreté, la solitude, l’adaptation à son environnement.

Derrière nos yeux est une rencontre avec l’autre, mais aussi avec soi. Car ces personnages sont à la fois des êtres uniques à part entière et des reflets -ou des échos de nos propres obsessions.

 

DERRIÈRE NOS YEUX (EXTRAIT) from Anton Bialas on Vimeo.