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Il court, il court, l’écrivain qui suit des cours

Billets

13/01/2013 — Un billet de Edith Soonckindt

La réaction habituelle lorsque l'on parle de cours d'écriture en Europe est un scepticisme moqueur vis-à-vis de ces coutumes transatlantiques qui ont l'imbécillité de faire croire que l'on peut devenir écrivain sur commande, voire sur mesure, que l'on peut « apprendre à écrire » alors que chacun sait bien que le génie, ça ne s'apprend pas, l'inspiration non plus.

Certes, certes.

Là où la confusion s'installe, c'est effectivement lorsque l'on imagine qu'un cours d'écriture peut vous aider à acquérir inspiration ou talent mais franchement, il faut tout de même être un brin innocent pour le croire ! Par contre, ce que l'on a tort de sous-estimer, c'est la valeur du travail (car un écrivain ça travaille, mais oui !). Et pas qu'un peu dans nombre de cas, le génie fulgurant d'un Mishima qui pouvait écrire un ouvrage magistral en dix jours étant tout de même éminemment rare ! Et c'est là que les cours d'écriture peuvent s'avérer utiles, en vous offrant, à défaut de motivation ou d'inspiration, des outils précieux pour agencer votre pensée, canaliser votre inspiration, et surtout structurer et rédiger de manière optimale l'ouvrage que vous avez en tête.

Mais commençons par le commencement.

Au commencement… était la panne. Celle que j'ai très vite connue dans ma chambre d'adolescente alors que je tentais de rédiger sur un misérable cahier à spirales un roman commençant par un voyage en train... Ma période mythomane, entre sept ans et sept ans et demie, n'avait, de toute évidence, pas stimulé mon imaginaire outre mesure. Très vite remisé, ce médiocre projet ne m'a plus jamais hantée - et je ne doute pas que vous m'en soyez reconnaissants - pas plus que de quelconques velléités d'écriture.

Puis je suis partie vivre aux Etats-Unis où le campus que je fréquentais offrait des cours d'écriture (creative writing, yeah!) qui semblaient accessibles à la non anglophone que j'étais, et ce à peu de frais cérébraux (j'étais alors quelque peu paresseuse). L'intérêt pour ce cours que j'espérais facile s'est très vite émoussé lorsque j'ai découvert, oh horreur, qu'en fait je devais tenir au jour le jour un log (carnet de bord) de mes quotidiennes activités. Très peu pour moi, qui n'avais jamais tenu de journal intime, et qu'à l'époque les contraintes quotidiennes rebutaient passablement, aussi littéraires soient-elles. Exit donc un  avenir de brillant écrivain américain...

Je n'abandonnais pas tout à fait cette voie qui n'avait vraiment rien d'une vocation - comment elle s'est muée ensuite en sacerdoce me demeure un pénétrant mystère - et lors de mes études d'anglais à Montpellier je profitais quelques années plus tard de la venue d'un écrivain américain (Ronald Sukenick) pour suivre avec intérêt et fébrilité les cours de creative writing (yeah!) qu'il offrait. La maturité aidant, je me pliais davantage aux contraintes imposées et me suis donc retrouvée à signer mes premiers inédits en anglais, et sûrement à apprendre quelques trucs dans la foulée, hélas depuis oubliés.... (oui je sais, pour l'instant mon billet n'est pas très probant, mais patience).

Puis la vie a suivi son cours ainsi que souvent cela lui arrive et je n'ai plus vraiment repensé à l'écriture, jusqu'à ce jour fatal - que fallait-il espérer d'un dimanche gris à Manchester, je vous le demande - où j'ai décidé que ce serait sûrement un moyen distrayant, et facile, de gagner sa vie... (voir précédents billets).

C'est donc motivée par une vague ambition que, quelques années plus tard encore, j'ai découvert en Belgique l'existence d'un cours d'écriture qui avait tout pour me plaire - et me ruiner dans la foulée mais, c'est bien connu, quand on aime on ne compte surtout pas - et je n'ai donc pas hésité à assumer les hautes fonctions de téléphoniste rose pour payer le minerval, élevé, et les allers-retours quotidiens depuis les Pays-Bas où j'habitais alors !

Et c'est là que le déclic s'est fait ! Si je n'avais pas été renvoyée de cette école (si si) pour avoir fomenté une révolution estudiantine visant à dénoncer certaines pratiques pour le moins obscures qui y avaient cours, je donnerais même volontiers son nom, car j'y ai beaucoup appris. Mais comme je suis un brin rancunière, nous resterons sur un flou artistique qui s'accorde parfaitement avec les hautes activités littéraires  brassées en ce haut lieu.

Donc j'y ai suivi des cours. Des cours de tout. Roman, nouvelle, écriture jeunesse, scénario, dialogues, écriture théâtrale, histoire de la littérature ou du cinéma et j'en passe. J'y ai rencontré de chouettes personnes dont certaines sont encore des amies aujourd'hui ; et de chouettes  enseignants dont certains sont devenus des amis et m'ont par ailleurs offert des contacts, et des conseils, professionnels pour le moins utiles.

J'y ai appris l'obligation du travail régulier, et cette fois-ci cela ne m'a pas rebutée, et le travail sous contrainte - très instructif, et productif ! J'y ai réfléchi, avec d'autres, sur ce que signifiait l'acte d'écrire ; j'ai profité au quotidien des remarques de professionnels et de mes collègues puisque l'essentiel des travaux se lisait, et se discutait, en commun lors d'ateliers ; j'ai appris tout ce que je sais aujourd'hui sur l'art de l'écriture jeunesse - et cela m'a  passablement servi puisque j'ai été publiée dans ce domaine à de multiples reprises depuis ; j'ai découvert aussi l'art du scénario, qui m'a permis ultérieurement de rejoindre un collectif de scénaristes, puis par ce biais de travailler quelque temps pour la télévision belge, ai dépiauté des films (ce qui m'a servi pour l'art du roman, et oui), et retenu deux précieux conseils. Ils n'ont l'air de rien, et pourtant… Conseil numéro un : ciselez votre première phrase (tout part de là) en ayant bien réfléchi au destinataire de votre écrit, style et contenu suivront alors « comme par magie ». Conseil numéro deux : le Tour de France ne se court pas dans la tête, un scénario non plus, écrivez, écrivez, écrivez, corrigez et réécrivez encore, c'est sur le papier que ça se joue.

Voilà, voilà à quoi j'ai passé l'une des plus belles années de ma vie, à apprendre et à écrire, à écrire et à apprendre, encore, et encore.

Le virus m'est resté, d'ailleurs, puisque j'ai rempilé par la suite pour un atelier d'écriture théâtrale à l'L, un fabuleux atelier d'analyse de scénario offert par la SACD, et un atelier d'écriture autour de la mythologie à la Maison du livre afin d'alimenter un témoignage que je rédigeais alors sur… le harcèlement moral.

Parce que si aucun cours ou atelier d'écriture ne vous donnera, effectivement, talent, inspiration ou style, il peut au moins vous aider à affiner, ou tester, ce dernier (ce qui n'est déjà pas rien), vous aider à poser, agencer, structurer un récit ou des idées, vous éviter impasses et autres fausses pistes, en bref il est intéressant pour vous guider et vous aider à tirer le meilleur parti de votre écriture (à condition d'en avoir une pour commencer évidemment).

L'on pourra se moquer des Américains autant qu'on le souhaite, ce sont des as de la narration, mondialement reconnus, et peu d'écrivains francophones leur arrivent à la cheville  dans ce domaine. Certes l'on peut préférer à cette maîtrise un style original, une pensée plus fouillée (qui, eux, ne s'apprennent pas, je vous le concède), mais force est de constater que n'est pas Garcia Marquez qui veut, et que pour bien raconter une histoire prenante, ou juste intéressante, mieux vaut savoir comment s'y prendre ! D'où l'utilité des cours et autres ateliers… Amen.