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La dernière convocation

Billets

26/04/2017 — Un billet de Christine Van Acker

La dernière convocation

Aujourd'hui, 24 avril 9h35, est le jour de ma dernière convocation.

Je suis à l'heure. Je me suis habillée correctement, sans trop de chichis. Mes vêtements, pour la plupart achetés en seconde main, n'en ont pas l'air. Aussi, lorsque je sors de chez moi, je puis me mêler indistinctement aux autres personnes, celles qui sont sous contrat d'emploi, les indépendantes, les pensionnées, les étudiantes, les écolières, les mères... M'accompagnent mes fantômes qui, à leur tour, vont se mêler aux fantômes des autres dans une belle et invisible conversation d'ancêtres. Rien, dans mon apparence, dans mes attitudes, ne pourrait faire penser que je suis actuellement, comme vous avez décidé de me le faire croire, une demandeuse d'emploi. Rien ne me distingue des fonctionnaires dont vous faites partie, si ce n'est, peut-être, un pas plus léger, une attention soutenue au moindre événement du quotidien, une disposition à capter l'intensité ou la faiblesse d'un regard. Une simple feuille d'érable avec ses belles couleurs d'automne interrompt à l'occasion ma promenade et enflamme une belle partie de ma journée.

Ce n'est pas la première fois que je me rends à l'une de vos convocations.

La dernière m'a laissé un sentiment de malaise. La personne qui m'avait reçue, un homme d'une trentaine d'années, très aimable, restait caché dans son costume, sa cravate un peu trop serrée, le raisonnement étriqué dans une procédure qu'il lui avait fallu assimiler, et qu'il connaissait par cœur à force d'enchaîner, quart d'heure après quart d'heure, les convocations. En l'écoutant, j'ai pensé aux multiples réunions, aux formations auxquelles il avait certainement dû participer afin qu'il soit préparé à nous recevoir, nous les convoqués. Adaptable, il devait faire siennes les nouvelles circulaires ministérielles en de perpétuelles remises à niveau. Je n'aurais pas aimé être à sa place. Enviait-il la mienne ? Il m'a invitée à m'asseoir, déjà prêt à amorcer l'enchaînement des formalités d'usages menant à un soi-disant contrat que nous allions conclure l'un et l'autre, attendant ma signature au bas de ce qui me sembla un pacte aux effluves sulfureux. Il n'eut aucune considération pour mon parcours professionnel, long d'une bonne trentaine d'années. Trente ans, déjà ! Comme le temps passe vite quand on fait ce qu'on aime.

Mais, l'objectif de la convocation n'impliquait pas de s'intéresser à ce que la main des années avait buriné, modelé chez moi, laissant apparaître un savoir- faire en adéquation avec un savoir-être, l'un s'alimentant de l'autre dans un bel équilibre énergétique.

En d'autres sociétés, notre différence d'âge aurait mérité une forme de respect, voire d'admiration pour l'aînée. Or, sa principale recherche, assez simple en soi, ne tenait aucunement compte de l'étendue d'un passé bien rempli. Seul importait le nombre de contrats prestés en une année. N'était-il pas au courant de la situation et du fonctionnement des artistes ? Avait-il besoin d'une formation, encore une, à ce sujet ? Peut-être cela lui aurait-il ajouté trop d'heures de travail, heures à récupérer par la suite ? J'avoue n'y rien connaître en « heures récupérées » ; mes heures, depuis mon premier souffle, s'écoulent et ne se rattraperont jamais. Quant au treizième mois, n'en parlons pas.

Je ne viens pas à cette convocation parce que vous m'y contraignez, ni parce que – je le sens bien – sous vos précautions d'usage vous me menacez de sanction. J'ai passé depuis longtemps l'âge des punitions. Lorsque j'étais enfant, je ne me souviens que d'une fessée, injuste d'ailleurs, non parce que je n'étais pas sage mais parce que je ne courais pas assez vite et que nous risquions de rater le train. Entre les mains de mes parents, je m'envolais. Leur fessée ressemblait plus à une claque ferme sur la croupe d'un bon cheval. Leur éducation était stricte, mais sans menaces.

Je ne viens pas à cette convocation parce qu'elle est obligatoire ; je m'y rends, le pas léger, avec des choses à vous dire. J'aurais pu ne pas venir au rendez-vous, ne pas faire une heure de route jusqu'en vos bureaux, plus une heure pour le retour, préférer baguenauder, cultiver mon potager, visiter une amie. Nous en serions restés là, chacun de notre côté. Vous m'auriez envoyé d'autres lettres, de plus en plus précises, cassantes, oublieuses des premières fois courtoises, lettres d'une rupture à venir, lettres définitives dans lesquelles vous auriez espéré un revirement de ma part. Je préfère rompre la première. J'ai cette fierté.

Je vous sais gré de m'avoir envoyé il y a quelques mois un dépliant sur lequel n'apparaissait le nom d'aucun graphiste, ne mentionnant que l'idée générale d'une « direction communication » qui aurait mis en scène ce feuillet format A4. Ici, déjà, disparaît un humain dont personne ne connaîtra jamais le nom ?

Sur la première page aux tons rouge cramoisi, vert gazon, jaune safran, un peu affadis, mais dotés de belles courbes pour arrondir les angles, s'y ajoutent le blanc, un bleu charron, et un autre bleu tirant sur le prune, (la quadrichromie coûte cher à ce qu'il paraît). Comme vous le constatez, j'aime que chaque couleur porte son nom et se distingue des autres. Je continue l'inventaire de la couverture du dépliant: des flèches bleues m'évoquent l'image de la convection des courants marins froids et chauds, ou bien encore le symbole du recyclage des déchets. En large caractères blancs, le mot ZOOM, dans le coin inférieur gauche, saute aux yeux. Pour ces quatre lettres bien grandes, qui s'affichent en une sorte de pléonasme typographique, je suppose que vous me signifiez qu'il me faudra bien ouvrir les yeux ? Les deux grands « O », lunettes posées sur moi, illustrent l'intention. Je vous devine, cachés derrière, m'observant par les deux trous ronds de cette paire de jumelles.

Le reste, un peu long, est écrit en beaucoup plus petit : sur l'activation du comportement de recherche d'emploi des demandeurs d'emploi qui bénéficient des allocations de chômage. Ici, je ne peux pas ne pas m'attarder : vous répétez deux fois le mot emploi, ce qui est un peu lourd et ralentit la phrase au lieu de lui donner l'élan qu'elle devrait susciter chez le lecteur ; elle me semble aussi contenir bien trop d'abstractions telles que emploi, activation, comportement, recherche, demandeurs... À mon avis, cette phrase manque de corps, de chair ; elle est trop désincarnée. Quant au message qu'elle paraît devoir porter, nous savons tous, depuis longtemps, qu'il ne nous est pas demandé de trouver absolument un emploi, mais d'adopter ce comportement qui afficherait toute les apparences d'une recherche, laissant le temps se perdre d'une manière qu'aurait désapprouvée ce cher Marcel Proust. La recherche d'emploi, telle que vous voulez que nous l'adoptions, apparenterait notre comportement à celui d'un animal désorienté, assoiffé, grattant en vain le sable du désert de l'Atacama en quête d'une source.

Plutôt que activer, dites agiter. Certains d'entre nous s'y appliquent d'ailleurs très bien, sans rien débusquer, surtout quand ils ont, comme moi, plus de cinquante ans et qu'ils sont, par-dessus le marché, des artistes. Bons élèves, ils s'appliquent pourtant avec une bonne volonté qui fait peine à voir, allant jusqu'à ne plus faire que ça, chercher, chercher, chercher. Pauvres vieux cabots inoffensifs dans une forêt où n'habitent plus que quelques oiseaux moqueurs. D'autres cherchent mal, ne savent pas comment s'y prendre, ni même ce qu'il faudrait trouver. Quelques-uns d'entre eux, grâce à vos soins, parviendront à s'accrocher à la branche d'un emploi précaire, d'un temps partiel, d'un interim, et remonteront sur la rive. Jusqu'au prochain déluge.

Pourquoi ne dites-vous plus accompagner, mais activer ? Y aurait-il, chez les chômeurs, quelque chose à remettre en mouvement, seraient-ils trop lents, voire immobiles ?

À ce moment de votre lecture, vous comprenez que cette brochure n'a pas été inutile et que je l'ai lue attentivement. Je vous propose de continuer sa visite avec moi. J'ouvre grand le dépliant. Au milieu, deux flèches, dans les deux bleus de tout à l'heure, se tournent autour, comme des chiens se reniflant le derrière. L'une descend, l'autre remonte. On ne voit que ça, ces deux flèches. A force, on se sentirait l'envie de tourner avec elles, de se laisser prendre par le courant, de tourner encore et encore en rond. Lisons ensemble : L'activation du comportement de recherche d'emploi est l'ensemble des actions (vous êtes actifs, c'est très bien, vos chefs doivent être contents de vous) entreprises par l'Onem à l'égard (nous en méritons) du chômeur pour évaluer ses efforts (rien ne va sans mal) pour retrouver du travail (ce qui signifie que nous l'avons perdu ?). L'Onem suit activement (toujours aussi actifs) les chômeurs et les soutient dans leur recherche d'emploi (pourquoi donc l'image d'une personne qui me soutient pendant qu'elle me met la tête dans une baignoire me vient-elle à l'esprit ? Imagination d'auteur ?).

Suit un long texte, écrit petit, sur les conditions pour l'octroi du droit au chômage. On y trouve la notion de chômeur involontaire. Il y a donc des personnes qui s'y engageraient volontairement ? Ne pas refuser un emploi convenable (rien en topless?). J'ai entendu dire qu'il était convenable, pour une mère de famille isolée, de devoir faire deux heures de trajet aller, deux heures retour afin de se rendre sur les lieux de son travail, laissant de tôt matin ses enfants dans les bras de gardiennes, ou de grands-mères, et revenant tard les chercher. On dit de ces choses !

Dans cette belle brochure, vous me demandez de collaborer. Comme en 40 ! Collaborer activement (vous l'aimez bien ce mot) aux actions d'accompagnement (vous êtes actifs dans l'action, pléonasme). Mais, il me semble qu'accompagner une personne ne demande pas d'être dans une dynamique publicitaire d'action. L'accompagnement est une chose naturelle, elle relève de l'altruisme, elle ne demande qu'à se laisser porter par l'empathie vis à vis de son prochain et n'aime pas trop qu'on parle d'elle. Revient plus loin plan d'action individuel (vous n'avez vraiment pas peur de la répétition, l'action en devient un martèlement). Nous aurions donc, chacun, droit à un plan unique, sans rien à voir avec celui du voisin ? Nous serions reconnus dans nos singularités ? Le droit aux allocations de chômage n'est pas limité dans le temps. Ça, ça ne vous plaît pas. Il vous faut vérifier si, ce temps qui nous est octroyé, nous l'occupons à le gâcher dans une recherche d'emploi vaine. Inadmissible qu'un chômeur vous dise :  « Aujourd'hui, j'ai regardé mes tomates rougir, sans honte ».

Cette recherche d'emploi devrait occuper tout mon temps, mes heures ne consisteraient plus qu'en une bataille contre des moulins à vents. Vous serez invité (ça, c'est gentil, vous ne dites pas encore convoqué) : c'est alors qu'apparaît, enfin, ce fameux personnage craint de nous tous : le facilitateur.

Puis, ça recommence (attention, chute d'actif !) : chercher vous-même activement (à la fin, ça lasse, non, vraiment, sans vouloir vous chercher des poux, là, c'est trop, trop, trop) les efforts entrepris dans le cadre de votre plan d'action individuel proposé par... Ici, vous voulez nous faire croire que c'est notre plan alors que vous l'avez déjà cadenassé ? Vous ajoutez ensuite que ce plan d'action individuel est proposé par le service régional compétent. Ces gens savent donc ce qu'ils font, ils sont compétents, nous pouvons leur faire confiance, et les laisser planifier nos mois à venir. Vous ajoutez que vous tenez compte de notre situation personnelle : notre âge, notre niveau de formation, etc... Quelque chose dans la fin de ce volet du dépliant semble déplacé, subitement. Il paraît être mis là pour une respiration, un espoir du chômeur: ils vont me comprendre, ils disent même qu'ils tiendront compte d'éventuels éléments discriminatoires dont nous pourrions être la victime, mais ils continuent à nous appeler chômeurs, demandeurs d'emploi comme si nous n'étions venus que pour ça sur cette belle planète.

S'ensuivent les évaluations positives, évaluations négatives, elles-mêmes entourées de flèches beaucoup plus droites et perforantes que les précédentes, flèches roses, noires, blanches, courants contraires, tempêtes qui mènent vers ces quatre mots : suspension définitive des allocations.

Pour ne pas rendre mon texte aussi indigeste que celui-là, à force, je vais en ignorer la suite : une flopée de action, actif, efforts, et ce fameux marché de l'emploi dont nous devrions être les camelots. Plus loin encore si vous êtes chef de ménage, isolé ou cohabitant avec un revenu de ménage peu élevé, la suspension définitive est précédée d'une période de 6 mois d'allocations réduites. Ici, vous avouez que nous ne touchions pas grand-chose et votre volonté homéopathique de nous acclimater, nous, les futurs (souvent « les futures » dans ce cas-ci) non-chômeurs (chômeuses), à une galère que nous aurions bien mérité vu notre manque d'efforts et d'habileté au maniement de la rame.

Je vais jusqu'au bout : l'Onem possède 30 bureaux répartis sur l'ensemble de la Belgique. Ça fait cher, ça, non ?

Tout au-dessous de la dernière page, je lis : EFQM Recognised for excellence 5 star. C'était un jeu ? Aurais-je détecté l'intrus ? Vite, je tape ces mots sur l'internet et, miracle, je trouve ceci : L’European Foundation for Quality Management est une organisation qui promeut le Modèle d’Excellence EFQM et qui compte pas moins de 30 000 membres. (...) Ce modèle a été créé en 1988 par quatorze entreprises européennes de premier plan telles que Dassault, Volkswagen, Bull SA et Philips. L’objectif est d’améliorer la qualité des organisations et entreprises européennes et de promouvoir le Modèle d’Excellence EFQM. Ce modèle sert de cadre de référence pour évaluer les efforts (vous aussi ?!) et prestations d’une organisation sur la base de neuf critères : le leadership, le personnel, la stratégie, les partenariats et ressources, les processus, produits et services, les résultats pour le personnel, les clients, la collectivité et les résultats clés. Les assesseurs EFQM ont conclu dans leur rapport que :
Les indicateurs et les tableaux de suivi disponibles via le cockpit et leur déploiement dans les 30 bureaux du chômage sont le fil conducteur d’une bonne gestion de l’Organisation. Cela permet une évaluation continue et un suivi efficace des résultats. En outre, l’ONEM est une Organisation humaine qui accorde une grande importance à ses collaborateurs, cela est notamment visible dans sa politique d’apprentissage et de bien-être, dans la mise en place du développement des compétences et des cycles d’évaluation”.

Là, je réfléchis : Volkswagen, qui paraît avoir reçu le même label que vous, n'a-t-il pas eu des soucis ces derniers temps ? Les employés de l'entreprise auraient truqué la publicité, annonçant des moteurs moins polluants contrairement à la réalité ? Dassault, lui aussi a reçu le label. Il appartient à un grand groupe qui fabrique, entre autres choses, des avions de chasse (Rafale, Falcon...).

Devrais-je me sentir honorée de figurer bientôt dans l'un de ces résultats clés qui attendent nombre d'entre nous et qui vous permettront de rester en bonne place, à côté de ces têtes d'affiches, de rester un Modèle d’Excellence EFQM ? Car, ils le disent, vous êtes une Organisation humaine qui accorde une grande importance à ses collaborateurs. Comme ce mot humain est, ici, incongru. Un intrus ?

Sur la lettre qui accompagne le dépliant, vous avez surligné en mauve rechercher un emploi comme si le dépliant n'avait pas été assez clair, comme si vous doutiez de son efficacité.

À présent, permettez-moi de répondre très personnellement à votre courrier. Il est 17h. Je prends la liberté de casser mon fusil pour aujourd'hui et d'interrompre jusqu'à demain ma chasse à l'emploi. J'affiche cinquante-cinq ans au compteur, dont plus de trente ans à vivre mes jours comme une formation quotidienne, pas de ces formations que vous proposez qui ne me mèneraient nulle part, non, de celles que les rencontres, les expériences, les hasards, les amitiés, les amours ont mises sur mon chemin, celles qui m'ont fait avancer avec un peu plus d'assurance sur les chemins tortueux de l'existence, commençant à percevoir une certaine maîtrise dans ce que j'entreprends. « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage... »

Me voici, aujourd'hui, face à vous, un bureau entre nous ne donne à voir à l'autre qu'une moitié de corps. Vous voudriez considérer mes efforts sur une période de quelques mois, comme si je n'étais apparue dans le monde du travail (à partir de maintenant, c'est moi qui prend la parole, nous ne dirons plus ni marché, ni emploi) que depuis quelques mois. Renaîtrions-nous de nos cendres à chaque fois que vous réexaminez nos dossiers ? Et, pour renaître, nous tueriez-vous chaque fois ? Nos expériences personnelles, pareilles à nos aspirateurs ou à nos grille-pains, devraient-elles obéir à la loi de l'obsolescence programmée ? 

Permettez-moi, à mon tour, de vous poser une question : qu’a fait le FOREM pour le rayonnement de la Belgique à l'étranger ? Comment a-t-il alimenté l'énergie de notre pays ? Comment a-t-il contribué à faire marcher son économie ?

J'ai acquis, au fil des ans, comme mes semblables, un savoir-faire, une habileté, et une reconnaissance, à la fois en Belgique, mais aussi en France, au Québec, où j'ai été invitée à parler de mon travail artistique; j'y ai reçu des prix (voir le CV que vous ne lisez jamais), comme beaucoup de mes semblables, qui ont participé à redorer l'image de notre pays, à lui octroyer un label de créativité, d'originalité, à nul autre pareil.
Si une telle chose a été réalisable, c'est que, moi, nous tous, les artistes, nous avons obtenu, grâce à nos aînés qui se sont battus pour l'obtenir, ce droit au chômage. Il n'est pas une aumône. Grâce à lui, nous avons eu la possibilité de prendre non seulement du temps pour penser, pour rêver, mais aussi pour réaliser des choses qui font penser et rêver les autres : les employés, les chômeurs, les rentiers, les fonctionnaires, les indépendants, les adultes, les enfants, peu importe, tous sont humains. Cette modique somme que nous recevons chaque mois permet à certaines institutions nationales de bénéficier de nos services à moindres frais : documentaires réalisés par nos soins et diffusés sur les chaînes radio de la RTBF, mais non rémunérés (simplement parce que nous militons pour le bel œuvre, et parce que nous avons envie de continuer à déployer la liberté d'expression tant qu'elle existe encore), répétitions des comédiens non payées dans de grands et beaux théâtres (ils aiment jouer, à n'importe quel prix et, de toute façon, ils n'auraient pas la possibilité de faire autrement), équipes de tournages, réalisateurs, acteurs sous- payés pour la réalisation de séries que vous regardez le soir sur votre grand écran pour vous divertir d'une journée difficile.

Le métier que nous exerçons n'est pas lucratif, mais il est vital à l'économie du pays (1O% du PIB ai-je entendu dire ? Plus que l’industrie automobile). 
Vous alliez, peut-être, me demander de m'inscrire dans une agence d'intérim. La dernière fois, ils m'ont dit textuellement que je ne recevrai aucune offre (je ne suis ni technicienne de surface, ni travailleuse de l'Horéca, ni informaticienne, et je ne travaille que dans le secteur non-marchand).

Lisez-vous les offres d'emploi ? Y avez-vous vu un jour une proposition pour l'écriture d'un livre, d'une pièce de théâtre, pour la réalisation d'un documentaire radio, l'animation d'un atelier d'écriture, pour une rencontre avec des étudiants ? Mes prestations ne dépendent que du réseau que je tisse inlassablement depuis des dizaines d'années. Un artiste, jamais ne se repose (mes voisins peuvent en témoigner). Il vit de peu et s'en contente pour autant qu'on ne vienne pas l'obliger à consacrer son temps à autre chose que ce qui le mène plus haut, vers l'excellence. 

Il est hors de questions, vu le peu qu'il me reste à vivre (mais je vous dirais la même chose si j'avais vingt ans aujourd'hui), que je consacre mon temps à autre chose qu'à continuer d'écrire des livres, à monter des documentaires radio, à les fignoler sans compter mes heures, pour le plaisir de l'écoute des auditeurs qui n'imaginent pas le travail que ça représente, à chercher des idées et des financements pour les prochains projets, à rencontrer des lecteurs, jeunes et pensionnés, des éditeurs, des collègues, des bibliothécaires qui, au gré de ces actions, m'engagent pour animer des ateliers d'écriture où se réunissent parfois des enfants et des vieux (qui n'oublieront jamais ces après-midi où, m'ont-ils dit, on leur a donné un peu de vie en plus). Ce travail n'est pas quantifiable. Si je devais établir un carnet de bord, comme vous voudriez que je le fasse, ce serait sous la forme d'un prochain roman, d'une pièce de théâtre, d'une pièce radiophonique, d'une performance…

Vous ne tenez compte que de la « tâche » (le devoir à faire, montrer qu'on s'applique à, prouver que) et non de « l'activité » (ce qui se met en route en nous et nous mène à la création, mais pas toujours, ce qui nous anime pour, parfois, vous donner le plaisir d'un film, d'une lecture, d'un morceau de musique). Vous sanctionnez sans discernement.

Je me souviens d'une convocation, il y a plus de vingt ans. J'avais, comme nous tous, une appréhension, ce genre de réflexe scolaire de se sentir prise en faute alors qu'on n'a rien fait (avez-vous remarqué que ce sont souvent ceux qui font le moins qui sont le moins poursuivis ? Ou les autres, ceux qui en font tellement trop en détournant des millions d'euros ?). Cette dame m'a reçue aimablement, m'a dit qu'elle aimait le théâtre, la littérature, et que, moi et mes pareils, nous faisions partie à ses yeux des gens précieux de la société. Nous étions nécessaires. Notre fonction, vitale. Elle m'a félicitée, encouragée. Je suis sortie de son bureau la tête pleine d'étoiles. Cela ne s'est plus reproduit par la suite. J'espère qu'elle n'a pas été sanctionnée pour avoir fait montre d'humanité et d'intelligence ?

Quand les gens sortent de chez vous, sont-ils encouragés à s'élever, à s'améliorer plutôt qu'à rentrer dans le moule d'un système qui obéit à la loi de marché sans tenir compte de la singularité de chacun ? Nous nous sentons humiliés par vos pratiques, infantilisés, et non responsabilisés. Nous aurions besoin de confiance plutôt que de méfiance. Entourés par la confiance, nous nous sentirions portés, nous prendrions de l'ampleur. Si c'est la méfiance qui nous tient à l'œil, nous demeurerons tétanisés, nous ne bougerons plus.

Je désire rester sincère, ne pas tricher en faisant semblant de vous rédiger un carnet de bord bidon (qui m'empêcherait de travailler correctement, qui me prendrait la tête au lieu de me la rendre pour des tâches plus essentielles, nécessaires à la fois pour mon équilibre, mais aussi pour mes auditeurs, mes lecteurs, mes spectateurs, pour les participants à mes ateliers d'écriture, pour les enfants et les adolescents que je rencontre en classe...).

Savez-vous dans quelle pièce vous jouez ? Et, si oui, pourquoi continuez-vous à endosser le costume de votre personnage ? La sécurité d'emploi ? À quel prix ? Le savez-vous ? Vous faites le jeu des prédateurs. Si vous cherchiez mieux, j'en suis certaine, vous trouveriez un vrai travail (et non un emploi) qui vous conviendrait mieux, un travail comme on en fait peu, utile, indispensable au bien-être de tous, qui vous remplirait le cœur, vous donnerait un sentiment de plénitude. Je peine à imaginer que vous puissiez être heureux accomplissant, jours après jours, une telle besogne.

Le FOREM a été bien aimable de nous envoyer, à tous, une jolie brochure imprimée luxueusement pour nous avertir que nous serions convoqués dans les prochains mois, ceci afin de nous laisser le temps de préparer les arguments qui feraient de nous de bons demandeurs d'emplois : carnet de bord, copie de nos communications pour prouver que nous sommes bien en recherche d'emploi.

Vous nous demandez de devenir les bureaucrates de nos vies.

 

J'ai, pour ma part, la chance d'être lettrée, mais je pense à ceux qui se débattent avec la lecture, l'écriture, et qui seront mangés tout crus faute d'avoir eu la chance de maîtriser mieux cette arme. Car l'écriture est une arme, que je brandis ici, pour riposter à cette agression venue des hautes instances ministérielles qui sont, elles-mêmes, à la botte des multinationales.
Poursuivez les fraudeurs fiscaux à grande échelle, n'octroyez plus des dédommagements faramineux aux grands patrons qui sont remerciés pour leurs malversations.

J'aurais pu profiter de ce temps pour établir un magnifique dossier, y ajoutant de fausses communications, de faux courriels, mélangés aux vrais pour faire illusion. J'aurais pu m'inventer une vie, celle d'une chasseuse d'emploi armée jusqu'aux dents. J'ai préféré continuer à écrire des livres, dont certains ont pour mission de transmettre la mémoire orale d’un peuple qui ne maîtrise pas l’écrit, à observer mes semblables, à leur rendre de menus services, à rencontrer mes lecteurs, à veiller à ce que les émissions que je réalise soient diffusées du mieux possible sur nos ondes nationales, à chercher inlassablement des financements, à bâtir des dossiers de demandes de subsides, comme d'autres picorent dans le temps que vous leur laissez pour réaliser des films, mettre en scène un spectacle, danser, parce que tel est notre métier.

En rien lucratif, notre métier enrichit pourtant le patrimoine culturel de notre pays, il crée des ponts avec d'autres nations (Québec, France, Suisse, Pologne, Burkina Faso, Chine...).

Si vous nous éteignez tous, attendez-vous, le matin, en allumant votre radio à ne plus entendre de musique, à ne plus voir d'affiches devant vos cinémas préférés (il n'y aura plus de scénaristes, de comédiens, de réalisateurs, de monteurs, d'éclairagistes pour les réaliser), à enfiler un sac de jute à la place d'une robe ou d'un costume (il n'y aura plus de stylistes pour les créer), à entrer dans une voiture informe (il n'y aura plus de designer), à utiliser des objets rudimentaires. Notre pays se retrouvera teint uniformément en gris et vous vous en étonnerez trop tard. C'est aujourd'hui qu'il faut en prendre conscience. L'utile et l'inutile ne sont pas du côté que vous pensez. Qui, de vous ou de nous, est le plus productif (s'il faut parler en termes marchands) ? Qui crée le plus d'emplois ?

J'ai décidé de consacrer ce qui me reste de vie (j'insiste) à ne pas participer à cette dislocation de nos droits sociaux, de nos solidarités, à ne pas creuser encore le fossé entre les nantis et les de plus en plus précaires, de mettre mon temps à profit, et non pas dans le profit, d'une amélioration de notre société et non à sa dégradation. C'est pour cette raison que je ne veux plus le perdre en répondant à de vaines convocations, en signant des contrats qui prouveraient que je suis bien activée. Je le suis, bien active, c'est à dire vivante.

Nous devrions avoir tous ce courage, nous aurions tout à y gagner. Imaginez-vous cette foule de nouveaux non-chômeurs dans la rue. Imaginez alors ce que vous pourriez faire, vous, de votre emploi devenu inutile. Nous rejoindriez-vous ? Nombreux, nous nous tiendrions bien chaud.

 

Aujourd'hui est le jour de ma dernière convocation.

 

Christine Van Acker

 

P.S : si vous regardez la télévision ce soir, regardez bien les comédiens dont vous appréciez la justesse du jeu. L’un d’eux, récemment en tête d’affiche d’une série belge qui a son petit succès sur d’autres chaînes francophones, a été contraint, à près de soixante ans, de suivre une formation de gardien de parking (du temps prélevé sur l’exercice de son véritable métier) pour conserver son droit aux allocations de chômage.

 

 

Annexes :

Ce que dit Karin Viard au sujet des intermittents du spectacle (voir la vidéo sur : http://www.francetvinfo.fr/politique/intermittents/video-karin-viard-adresse-un-message-de-soutien-aux-intermittents_1429423.html)

« Je suis devenue cette actrice grâce au régime des intermittents. Pendant un certain nombre d'années, j'ai réussi à tenir grâce à ce régime. »

Elle dénonce la "vision caricaturale" d'intermittents" qui "vivent sur le dos de la société en générant très peu de bénéfice. Cette idée est fausse. Les intermittents ne sont pas des gens qui pompent la société, bien au contraire".

 

Voir aussi le film de Ken Loach :« Moi, Daniel Blake » ainsi que « Bureau de chômage » de Charlotte Grégoire et Anne Schiltz :

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=241697.html

https://vimeo.com/146244742

 

Si le percepteur, ou tout autre fonctionnaire, me demande comme a fait l'un d'eux : « Mais que voulez-vous que je fasse ? », ma réponse est : « Si vous voulez vraiment faire quelque chose, démissionnez. » Une fois que le sujet a refusé son allégeance et que le fonctionnaire a démissionné, la révolution est accomplie.

Henry David Thoreau, La désobéissance civile (1849)

 

Ceux qui sont dangereux ce sont les hommes ordinaires, les fonctionnaires prêts à croire et à obéir sans discuter.

Primo Levi, Si c’est un homme

 

Propos d’artistes :

Ȧ mes consoeurs et confrères artistes, j’ai demandé :

  • Combien de jours de contrats avez-vous dans l’année ?
  • Ajoutez, si vous le voulez, quelques mots au sujet de votre statut, ou
    à propos des convocations vécues

 

En 2015 : 423,77 heures (53 jours) et en 2016: 555,20 h (70 jours). En 2014, c'était si je me souviens bien l'équivalent d'un mi-temps.

Actiris m'a un jour convoquée avec tout un groupe pour nous "mettre au courant de la sauce à laquelle nous allions être mangés" (leurs mots). J'y ai aussi entendu les mots de "Dieu le père" pour ONEM.

A… animatrice d’ateliers, poétesse, comédienne (Bruxelles)

 

Cette année 6 mois 1/2 de jours de travail. Cela varie en général entre 3 mois et 6 mois et à vrai dire, les jours d'engagement n'ont rien à voir avec le temps réel de travail. Absolument rien.
De plus, comme je n'ai pas d'emploi fixe, il y a cette pénalisation : dès que les droits d'auteur annuels dépassent un certain montant, ce dépassement est déduit des allocations de chômage à la fin de l'année.
De mon côté, tout va bien, mais je ne sais jamais de quoi demain est fait. Il me semble qu'à partir de juillet, ce sera plus compliqué... moins de contrats. (je vis autant des contrats de comédienne que de mes prestations de poétesse/écrivaine) La législation n'est pas vraiment adaptée aux artistes, en même temps, je me dis que c'est tout de même une chance. Au niveau des convocations, je n'ai plus été convoquée depuis une dizaine d'années. Cela ne devrait pas tarder.

 

L… Comédienne, poétesse, animatrice d’ateliers (Bruxelles)

 

Entre 60 et 80 jours (soit contrats artistes de courte durée déterminée, soit contrats à la tâche).

 

A…Comédienne, metteuse en scène (Brabant Wallon)

 

Petite réponse rapide à ton message collectif je n'aurai pas le temps de compter les jours, c'est tellement irrégulier que ça ne veut rien dire d'un mois sur l'autre, d'une année sur l'autre - contrats prestés/contrats que j'aurais pu prester, heures de cours à l'école étalées sur trois ou dix jours... enveloppe/forfait que j'étale comme je veux, etc... si je regarde stricto les cases noires de mes cartes de pointage, ça varie entre 0 et 21 selon les mois. l'an dernier- 103 cases noires. Mais même pour une heure payée il faut compter une case noire, et parfois j'ai deux contrats pour un même jour. Le compte "jours de travail" est indépendant des jours prestés.

 

V… comédienne, autrice, dramaturge, enseignante (Bruxelles)

 

Alors, les très bonnes années, j'arrive à prester 4 mois, écriture et mise en scène comprises. Une mise en scène, maximum six semaines de contrat (la préparation n'est pas payée).

Pour l'écriture, s'il s'agit d'une commande, je suis payée entre 3000 et 5000 euros. Je demande à être engagée, donc à n'être pas payée en droits d'auteur, donc il faut diviser la somme en un peu plus de 2 pour avoir notion de la somme nette. Difficile d''évaluer un temps d'écriture. Pour la comédie musicale que j'ai écrite il y a deux ans, 5000 euros, j'ai travaillé 3 mois, à m'informer, m'imprégner de l'histoire de l'association qui m'avait fait commande d'une comédie musicale qui raconterait son histoire et de l'histoire juive (puisqu'il s''agissait d'une association juive). J'ai donc dû lire beaucoup, regarder des films, participer à leurs événements, la leur lire, corriger. 2300 euros nets, 3 mois de travail. 1 mois déclaré.

Le temps que prend l'écriture n'est jamais pris en considération à sa juste valeur par les employeurs, quand il s'agit de commande. Comme si ce n'était pas un métier.

Une institution m'a un jour proposé d'écrire un spectacle pour 1000 euros. (Là, j'ai refusé).

Il est clair que, en réalité, nous travaillons tous plus que nous ne sommes payés. Dans les théâtres, les institutions n'auraient pas été indexées depuis 2008. Résultat, comme les frais fixes (bâtiment et personnel permanent) ne cessent d'augmenter (indexation des salaires, chauffage etc), les artistes sont les premiers à trinquer : moins d'engagements, salaires en baisse. Je suis moins payée aujourd'hui que dans les années 90.
Les employeurs encouragent les comédiens et les metteurs en scène à se faire payer en droits d'auteur, ce qui est illégal d'une part et d'autre part ne cotise pas à la sécurité sociale. Même le service public se décharge de ses responsabilités. La RTBF et beaucoup d'autres demandent aux artistes d'avoir recours à Smart (ou autre BSA) qui devient dès lors leur employeur. Cette pratique est elle aussi illégale, mais est rentrée dans les usages.
Cette pratique désengage les employeurs réels de leurs responsabilités.

L. dramaturge (Bruxelles)

 

Je compte 24 jours de contrat dans l’année.

M.P, comédienne, dramaturge

 

Pour 2016, j'ai presté +/- 55 dates (spectacles)

C.D, conteuse

 

« Pour être dispensé de chercher du travail dans un autre secteur que
le secteur artistique, il faut avoir travaillé 156 jours
dans les 18 mois qui précèdent l'offre (ou le contrôle), dont 108
en tant qu'artiste. Les 108 pouvant être obtenus par la "règle du
cachet" si on a travaillé "à la tâche". C'est l'article 31 de l'arrêté
ministériel du 26 novembre 1991, dont voici le texte :

 Art. 31. Pour le travailleur qui a effectué des
activités artistiques, un emploi offert dans une autre profession que
celle d'artiste est réputé non convenable s'il prouve dans une
période de référence de dix-huit mois qui précédent l'offre, au
moins 156 journées de travail au sens de l'article 37 de l'arrêté
royal suite à des activités artistiques.

    Par dérogation à l'alinéa précédent, il peut toutefois
être tenu compte pour justifier des 156 journées visées à
l'alinéa précédent, de journées de travail au sens de l'article 37
de l'arrêté royal suite à des activités non artistiques à
concurrence d'un maximum de 52 journées.
    Pour l'appréciation du caractère convenable d'un emploi dans
une autre profession que celle d'artiste, il est tenu compte de la
formation intellectuelle et de l'aptitude physique de l'artiste, ainsi
que du risque de détérioration des aptitudes requises pour
l'exercice de son art.

Mais ce n'est pas qu'une question de chiffres, car l'alinéa 3 invite
à prendre en considération des critères moins mathématiques. "

Alexandre Von Sivers

 

Commentaire d’une dramatuge :

 

Pour le décompte des jours, c'est pas compliqué, si t'en as 156, dont 104 (pas 108) contrats artistiques dans les 18 mois qui précèdent la convocation, c'est ok, sinon, c'est accepter et chercher n'importe quel emploi (jusqu'à 58 ans, après, ils ne peuvent plus exiger que tu acceptes ou cherches n'importe quoi. Avant, c'était 55 ans).
Il me semble que le but de l'action est de faire ensemble que les artistes prennent le statut d'indépendant, que tout le monde prenne le statut d'indépendant, du reste. C'est d'ailleurs ce qui se fait de plus en plus: les techniciens à la rtbf sont pigistes et ont recours à smart, ils engagent de moins en moins et ne nomment plus personne. Or, le statut d'indépendant, chez nous, n'est "intéressant" que pour ceux qui cartonnent. C'est comme si sortir du système du chômage revenait à encourager le système capitaliste, c'est à dire à contribuer à ce que l'Etat se désengage de ses devoirs (pourtant inscrits dans la constitution).
433.000 chômeurs en Belgique en 2017, à la louche, 90.000 emplois vacants. 1 personne sur 5 est donc susceptible de trouver un boulot.
Il me paraitrait intéressant de partir de ton texte et de l'étendre à l'ensemble des chômeurs parce que je crois aussi que les artistes ne seront entendus que s'ils ouvrent (et l'ouvrent)sur l'ensemble. J'ai rencontré des femmes qui font partie des 35000 chômeurs jetés en 2015. Elles n'étaient jamais arrivées à aligner leur 312 jours de travail en 18 mois, intérimaires dans des dial et autres chaînes florissantes. D'autres avaient travaillé avec leur mari, lui indépendant, elle aucun statut, allocation d'attente au chômage. Elles se sont fait jeter. »

 

Une réaction à la lecture de ce texte :

Cela a toutes les apparences d’un dialogue entre deux femmes sur bruit de fond de clavier d’ordinateur. Mais c’est Kafka avec un K, avec un cas comme le C de Christine et face à elle l’incarnation d’une administration aveugle, sourde plutôt car elle n’entend rien, ne veut rien écouter, surtout. La fonctionnaire fait son boulot de fonctionnaire qui comme le disait  Ernst Jünger consiste simplement à fonctionner. La fonctionnaire n’est pas censée penser. Elle perçoit un salaire ou plus exactement un traitement pour appliquer aveuglément un règlement qu’elle n’a ni pensé, ni élaboré, ni vraiment compris. Elle fait mine d’écouter, elle écrit,  tape sur son clavier ce qui lui épargne la peine de répondre aux questions de C.. Elle s’y dérobe, réagit comme une automate, une machinenette au service de la grande machine à broyer. Sans doute cette femme a-t-elle aussi des enfants à nourrir et peut-être un compagnon chômeur, un artiste  qui écrit. Ou peut-être pas ce qui revient au même. Elle lira peut-être le libelle que Christine a rédigé à son intention ; au pas. Cela n’y changera rien puisqu’ en dernière instance c’est une autre machine qui décidera du destin de C : un écran système sis dans un sinistre bureau du Forem ou de l’Onem de Charleroi.

La Région Wallonne est exsangue et la Communauté française coule. Il faut trouver de l’argent, réduire les dépenses sociales pour éviter que le PTB ne continue à enfler jusqu’à dévorer, enzyme glouton, ce qui reste de la puissance déclinante du parti socialiste, celui des parvenus aux dents longues.

Ils sont, elles sont des dizaines de milliers de chômeurs funambules à bricoler au noir pour survivre,  faire face à leurs créances, leurs crédits, leurs pensions alimentaires.

L’État, ce Léviathan ou plus exactement la Région wallonne ne cédera pas d’un pouce. Au temps des messieurs  de la Fontaine, Corneille ou Poquelin, sa majesté solaire accordait, selon son bon plaisir des bourses d’or aux plus surdoués des happy few. Il y eut aussi quelques rares mécènes à Florence, à Venise, à Vienne, à New York…

Alors aujourd’hui que faire ? Je ne vois qu’une solution aléatoire : coucher ce dialogue par écrit, y joindre le libelle et publier le tout sur facebook ou sous forme de bouquin qu’ils seront des dizaines de milliers à lire et à méditer.

Marc G.

 

-« et courage »

-« merci beaucoup »

 

Comment les artistes contribuent à l’économie nationale 

La culture contribue sept fois plus au PIB que l’industrie automobile :

http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20140103trib000807739/la-culture-contribue-sept-fois-plus-au-pib-que-l-industrie-automobile.html

 

La contribution économique du droit d’auteur et du droit voisin en Belgique :

https://l.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fwww.belgianentertainment.be%2Fwp-content%2Fuploads%2F2013%2F11%2FLa-contribution-economique-de-lindustrie-du-droit-dauteur-en-Belgique-201311051.pdf&h=ATPJ8ea4A5p93Kv50j74OsvXLrWlUAYCLcYsWFTav-0eB_RHJ5sdAypERtyg0SeFDdYGUtu7C8cYKmoKgxeTXeLOIWuiwUOIzXQbZNOp5BLR2vwt1FWoOP2Sqv7v7RgkH57l3ef__mFmohQGtSEUXw

 

L’apport de la culture à l’économie (en France) :

https://l.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fwww.economie.gouv.fr%2Ffiles%2F03-rapport-igf-igac-culture-economie.pdf&h=ATNAyGwIzvr4mb7OueF1cbw1kzOxmd-oFjM2ZWhS8FBk1EVVi1-AsVboKIhLdDNbtLGwx_8eJKEzf6KBa65LxVshdDbrgqV_3G6UqBHusH-Atiqi6a6-lo5cAuzjmWwqdJTVC8K1fYV3cYXRVacxCQ

 

Dossier de la SMART :

https://l.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fpublic.smartbe.be%2Fftpimages%2Fpdfs%2Fdossierdepresse.pdf&h=ATOYSiW5L_vrXBa932K5oZFWYQW-BJFbka0wf8BEktE5yctd6e1vz3TQhBuqaoNw4p2bBprNZMAH4PxGrble_cRyII5J0ZBP0Hpoe5bZSFE83O9QnyWjXlb92ngzclLIa4QjOHz3XWHphO08H1grwQ

La dernière convocation: lue par Christine van Acker / partie 1

La dernière convocation: lue par Christine van Acker / partie 2

La dernière convocation: lue par Christine van Acker / partie 3