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La fin est déjà arrivée. Il y a très longtemps.

Billets

04/07/2011 — Un billet de Marc Quaghebeur

Dans son dernier roman traduit en français, 'L'enfant qui rêvait de la fin du monde' (Flammarion, 2011), Antonio Scurati plonge son lecteur dans un singulier jeu de navette.

 

Un épisode de folie collective s'y déroule à Bergame et y alterne avec les réminiscences individuelles, dans un tel contexte, des traumatismes d'un enfant somnambule porté aux cauchemars. Au fil des pages, celui-ci se révèle être de plus en plus proche du narrateur.

 

L'« épidémie » dont parle Scurati, et qui afflige tout un chacun autant que la peste, n'a cette fois rien de physique. Amplifiée à la vitesse de l'éclair par les médias fantasmivores, elle tient en une gigantesque fabulation autour de supposées pratiques pédophiles. Celles-ci impliqueraient, et le clergé dynamique, et des enseignants d'origine étrangère, et des hommes d'affaires - dont le mari de l'instigatrice du délire collectif.

 

Cette « peste », Scurati ose clairement la lier au Mal. Selon lui, elle relève de la « guerre implacable » menée aujourd'hui « contre toutes les formes de vie concrète ». L'écrivain n'hésite pas à ajouter que « si on laissait faire, il détruirait la base même de la création ». Et d'asséner : « souvent la corruption la plus grave est avant tout spirituelle et indifférente à tout profit tangible, plaisir compris ».

 

À travers ce récit, Scurati dénonce en outre la dictature du fait divers dont nos journaux télévisés font de plus en plus le cœur de leur non-être. Il le distille au travers d'une histoire où, comme c'est souvent le cas dans les romans contemporains, la limite entre fiction et réalité est devenue plus que ténue.

 

Est-ce surprenant dans une époque qui prétend vivre en dehors du Symbolique et de l'inadéquation relative du langage ? Dans un monde qui se repaît dès lors de tout ce qui peut raviver les grandes peurs et les délectations issues des aléas de l'enfant condamné à sortir du continent maternel ?

 

La force de la fable journalistique qu'est ce roman de l'aujourd'hui s'ancre dans la figure du narrateur sans que celui en constitue pour autant la façade. Professeur d'université et journaliste, il est, à n'en pas douter, cet enfant qui rêva tellement de la fin du monde.

 

L'évocation de ses affres commence par le cri d'un cauchemar-canular : « Vite, venez. Mon père tue ma mère », s'écrie l'enfant somnambule aux yeux hallucinés, dans le combiné téléphonique.

 

Le livre s'achève sur une phrase qu'il y aurait intérêt à méditer : « Et ne pleure pas, petit, ne pleure pas. Tu n'as rien à craindre de l'avenir. La fin est déjà arrivée. Il y a très longtemps ».