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Les meilleures choses ont une fin

Billets

02/12/2013 — Un billet de Edith Soonckindt

Les meilleures choses ayant une fin, et mon mur des lamentations aussi - je cite une amie fonctionnaire peu réceptive aux aléas d'une vie d'artiste - je m'en viens donc prendre congé de vous, chers lecteurs, en bouclant la boucle de l'édition adultes que j'avais commencé à esquisser lors de mon premier billet. Vous croyez peut-être que je vous ai tout dit ? Que nenni !

Vous ai-je par exemple parlé de cet éditeur qui avait « flashé » sur mon premier roman quinze jours après l'avoir reçu et dont la femme (et co-éditrice) a fait obstruction huit années durant ? Voilà qui forge le caractère !

Et vous ai-je raconté ce grand concours international de nouvelles doté de FF 1.000 - 150 euros dont j'avais un cruel besoin à l'époque, une fois de plus - pour lequel il m'a fallu supplier (le mot est faible) depuis une cabine téléphonique hollandaise - on venait de nous couper la ligne fixe et le gsm n'existait pas - puis menacer, une année durant, afin de récupérer mon dû (histoire de faire rebrancher la ligne, par exemple) ! Nul doute que j'aurais mieux fait de participer aux concours de nouvelles de la France profonde où l'on gagne son poids en foie gras. Vu ma taille de sylphide, l'opération eût été bien plus intéressante, et une année d'attente passée à m'engraisser eût alors été parfaitement rentable ! 

Ah, oh, et n'aurais-je point oublié de vous narrer cette bourse d'écriture en résidence du même nom, qui était soumise à la remise d'un texte sur ladite résidence ? J'ai donc rédigé un récit « à ma façon » évidemment, pas un bête compte rendu de résidence. Et c'est alors que j'ai reçu un mèl du responsable chargé d'octroyer, ou non, ladite bourse, et aussi de publier le texte y afférent : « Chère Mme Soonckindt, j'accuse bonne réception de votre texte mais crains qu'il n'ait essuyé un fâcheux remous via Internet : toutes vos virgules ont été déplacées. » Quelle ne fut pas la surprise du malheureux responsable lorsque je lui ai expliqué que, non, Internet n'avait en rien modifié mes virgules, c'était là ma façon (atypique) de ponctuer… Horrifié, l'homme m'a répondu que je recevrais la bourse mais qu'il préférait s'abstenir de publier mon texte, on risquait de lui reprocher de ne pas respecter la grammaire française (je cite)… L'auriez-vous cru, ce haut responsable d'une noble institution française était… poète, eh oui, mais pas inconscient, ou irresponsable, ou aventurier, que nenni !

Ah, aaaah, dans le même ordre d'idées, une amie suisse, qui connaissait pourtant mon écriture et son atypique ponctuation, m'avait commandé un texte, en pleine connaissance de cause, donc ; texte qui lui a plu, certes, mais qu'elle a refusé de publier tant que je ne modifiais pas ma ponctuation, tout à coup trop « baroque » à son goût. Nul doute qu'elle aussi, une fois qu'il lui fallait en endosser la responsabilité, était déjà moins friande de mon style atypique... J'ai refusé de modifier quoi que ce soit et, devinez quoi, le texte, écrit sur mesure (et avec contrainte) rien que pour elle, est toujours inédit à ce jour ! Pas grave, j'ai ainsi, écrit un, joli, texte, sur la, pluie… (oui, la ponctuation, est, correcte). Cela me console de constater que, lorsque j'ai reçu la bourse Thyde Monnier du Premier Roman, l'on y a salué mon art de la virgule…

Oh, ah, hmm, et vous ai-je parlé de cette petite éditrice-illustratrice redoutable qui m'a coursée-courtisée afin de publier ledit texte qu'elle a-do-rait (comme quoi, le malheur des uns etc etc.), puis qui a déclaré forfait en cours de route, non pas à cause de mes impossibles virgules, mais parce qu'elle ne parvenait plus à l'illustrer… Dans la série « séduite et abandonnée », je trouvais que ça commençait à bien faire ! Aussi ai-je voulu faire jouer la clause de dédit - puisqu'il y en avait une, et que j'avais une autre ligne fixe à faire rebrancher... Outrée, elle m'a répondu sur un ton agacé « Si vous le prenez comme ça ! », comme si c'était moi qui avais inventé la clause, ou encore moi qui avais échoué à illustrer un texte qui lui plaisait tellement tellement qu'elle voulait l'avoir tout de suite tout de suite parce qu'elle allait le publier illico presto prestissimo ! A ce jour il est encore et toujours  inédit, est-il utile de le préciser…

La palme revient néanmoins à cette grande éditrice à laquelle j'avais envoyé - mue par une inspiration nettement moins poétique, voire carrément plus pragmatique - un petit bestiaire masculin assez hilarant (je me cite). Sa réponse, assez rapide au demeurant, fut pour me dire - je résume la longue conversation que nous eûmes… essentiellement autour de Christine Angot… -  que, euh, voilà, mon bestiaire était très bien, très pétillant, très frais et très drôle mais que, euh, voilà, il y avait un stuut, pardon, un hic (la grande éditrice était parisienne), enfin, comment dire, le nœud de l'affaire était que je n'étais pas connue, oui, voilà. Comme Christine Angot ? m'aventurais-je (se reporter au 1er épisode pour replacer notre relation dans son juste contexte). Non, non ! s'est exclamée la grande éditrice. Non, voyons ; disons que si j'avais été Macha Méril (!!??!!) elle m'aurait publiée sans hésiter (!!??!!). Ca, celle-là, on ne me l'avait encore jamais faite ! Il est vrai que dans ses illustres ouvrages  culinaires ou ses mémoires, Macha Méril avait certainement la virgule tout ce qu'il y a de plus sobre et de plus conforme. Quant à son style, ma foi, de quelle originalité jouissait-on en écrivant des livres de mémoires ou des ouvrages sur les pââââââtes ? On n'allait tout de même pas perturber inutilement la malheureuse ménagère de plus de cinquante ans avec des envolées baroques qui n'auraient pu que lui valoir l'ire de son époux !

J'en déduisis donc que pour espérer voir publier un ouvrage hilarant (je me cite) qui aurait fait le plus grand bien à l'humanité, ou en tout cas à la gent féminine, il fallait d'abord être une actrice télévisuelle de séries B - or ne m'avait-on pas, jadis, proposé le rôle sulfureux d'une mère maquerelle, puis celui d'une langoureuse sirène échouée dans une baignoire ? - ensuite écrire un livre de recettes (j'en avais plein !), après quoi, peut-être, l'on pouvait espérer poser un escarpin sur le marchepied non pas de la célébrité - je n'en demandais point tant - mais de la publication « littéraire ». Drôle de parcours imposé, qui méritait sûrement d'être médité…

Pour finir j'ai remisé mon bestiaire - au fil des années qui ont suivi la publication de mon roman j'ai ainsi enterré un manuscrit par année, je finissais donc par être blindée - m'en retournant à ma chère prose poétique qui ne me réussissait pas beaucoup mieux mais qui, au moins, m'allait bien au teint. Jusqu'à ce que ma route croise celle de David Giannoni et qu'il ait le bon goût d'aimer, et de courageusement publier (chez Maelström), La Femme sans nom, grande sœur de La Femme défaite, de La Femme de la pluie et de la Femme broyée d'or qui continueraient d'attendre leur heure, patiemment. On avait tout le temps…