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Muses - « Barbara »

Billets

26/02/2014 — Un billet de Isabelle Wéry

CarambaBarbara.

Foire du Livre de Bruxelles 2014.

Je suis à l’agonie à ma table de dédicaces devant une pile gigantesque de mon dernier roman, pile qui ne diminue pas d’un iota.  Et à mes côtés, deux bêtes de foires littéraires…: les Français Foenkinos et Werber, dont les stylos chauffent sous des flux de signatures…

M’en fous m’en fous pas.  Quoi qu’il en soit, moi, dans quinze minutes, j’me casse sec vers le tout premier rendez-vous de ma vie avec ma toute première Muse d’écriture.  Je ne sais encore rien d’elle, sauf qu’elle est une femme et qu’elle a donc accepté ce rendez-vous particulier fomenté par la Maison des Auteurs et des Autrices: durant trente minutes, être la Muse d’un auteur ou d’une autrice…

D’ailleurs, je ne tiens plus, caramba zutzut, je quitte cette table de dédicaces d’enfer (en crachant tout d’même un léger venin vers Foenkiki et Beber) et je rejoins ma Maison, Maison des Autrices et m’y sens cosy-réconfortée comme devant un verre de lait chaud au miel d’oranger.  Toutes et tous ne parlent que de Elle, ma Muse, Elle, qui va arriver d’une minute à l’autre, d’Elle si Elle, si Elle, qu’Elle risque de me plaire.

Je, nous, on piétine d’impatience, me demande d’où Elle va surgir…

Et ponctuelle, Elle, je la vois, celle qui ne peut être qu’Elle, une créature quasi surnaturelle arpentant la moquette fadasse de cette Foire aux Écritures, je vois, Elle, Barbara, son prénom, Barbara, Elle, créature, créature apparaît.

Alors, tu vois, voir apparaître Barbara dans les allées de la Foire du Livre, ça me fait l’effet…, enfin, c’est un peu comme si mon Grand-Père fermier voyait apparaître à la Foire agricole de Libramont, entre le bétail et les machines à traire, Amanda Lear en robe de gala.

Mais Barbara m’est bien plus belle qu’Amanda Lear: je distingue des étoffes, de la soie, de la fourrure, des cheveux lissés et brillants, des sandales à fines lanières, des pieds nus dans l’hiver, des bijoux aux pierres luisantes et ciselées et après un effeuillage de fourrure et gilet, la Demoiselle dévoile des bras nus et un décolleté aux courbes ondulantes.  Car il s’agit bien de cela…  Dans ces quelques gestes d’effeuillage, la Demoiselle « s’offre », manie un art de l’offrande d’elle-même et… elle commence sérieusement à être impressionnante.  À en faire blêmir d’envie Foenkinos et Werber.

Balbutier des bonjours à Barbara, s’asseoir là où l’on doit, observer, dérober des clichés du coin de l’œil…  Lui demander à ma Muse, ce qu’elle fait qui elle est j’entends chômeuse j’entends danseuse j’entends stripteaseuse.  Ça y est ça y est on y est le mot le mot est lâché.  Et de préciser quel type de strip, celui du dévoilé en soft et aguichant, celui du strip dit « burlesque ».

Et Barbara parle parle parle capturant mon attention…  J’entends des rimes, des mots qui claquent…  « Héroïne, codéine, up pin up pin, riot gun, Tarantino, Ovidie, chiffre Maya 11, chiffre 29… »  Et et et je ne vois que ses ongles laqués de bleu nuit, de paillettes dessinant des loopings dans les airs au fil de son récit…  Et la Barbara, qui me parle là là, tout à coup je me l’imagine, là là, stripteasant tout cela dans les allées de la Foire…  Je vois je vois une barre de pool dance pousser turgescente au milieu du stand de la Promotion des Lettres, j’entends des beats et des watts, vois des cuissardes Crazy Horse…  Et c’est là là, que Barbara s’interrompt pour écouter un message téléphonique.  Et sur son bras droit, dans le silence, je découvre un magnifique tatoo, tatoo « des marins »: une nana « années 50 », à la croupe Dita Von Tesse désapée, une crinière de naïade, poitrine haute, pluie d’étoiles, cerises écarlates et sous la nénette nue, comme un pied d’nez aux apparences aguichantes, on peut lire « IN LOVE WE TRUST ».  Oui, c’est ça…  « IN LOVE WE TRUST ».

Barbara a gravé dans sa peau « IN LOVE WE TRUST ».

 

Si Barbara est une cigarette, c’est une cigarette complètement blanche, où laisser de nettes traces de rouge à lèvres sanguin.

 

Si Barbara est un cocktail bruxellois, c’est le « Femme Fatale » du bar de l’Archiduc, rue Antoine Dansaert…  Champagne frappé et zeste de cranberries.

Caramba, je pourrais en boire toute la nuit en l’écoutant parler, Barbara, ma première Muse.