- C'est pas vrai

Grégoire Polet

C'est pas vrai

25 mai 2011

Épisode 2 - Beeckers était financier

Beeckers était financier. Courtier près la bourse d'Anvers. Ses bureaux se trouvaient dans cette ville, où il employait trois personnes. Mais Beeckers avait son domicile à Bruges, dans une maison remarquable qu'on voit encore dans la Waalsestraat, et où se trouve aujourd'hui (vicissitudes de l'histoire) le secrétariat du Football Club brugeois...
L'intérieur apparaît sur de nombreuses photographies aux Archives nationales, où l'on voit Beeckers, sa barbe grise taillée à la Léopold II, assis dans un sofa oriental ou sur une lourde chaise espagnole, entouré de sa collection de tableaux et d'objets d'art. Son père avait fait fortune dans le courtage du caoutchouc du Congo. On imagine que c'est de sa mère qu'il tenait son goût pour la peinture et les antiquités.
En 1934, Beeckers avait 56 ans. C'était un célibataire évident. N'habitaient dans la maison que lui-même, ses tableaux, une bonne qui avait la vue basse, et un chat nommé Memlinck.
D'une formidable fiche de police j'extrais le portrait suivant. (La fiche est si bien pensée qu'on la croit de Jean Ray. Et si elle n'était de Ray, elle ne pourrait être que de Balzac. L'écrivain Jean Ray enquêta sur cette affaire pour le journal De Dag, sous le pseudonyme de John Flanders, et, peut-être pour faire oublier les mois qu'il venait de passer en prison, prêtait ses services et son talent aux autorités judiciaires.)
« J.B. [Johannes Beeckers] a une voix profonde et grave quand il parle, mais suraiguë quand il rit. Sa barbe en balai couvre un visage rougeaud et des joues tout écaillées de varices. D'importants polypes nasaux nimbent sa tête d'un genre de ronflement continuel qui rend difficile, s'il est assis et immobile, de distinguer chez lui les états de veille et de sommeil.
» [...] J.B. vit dans un mélange de luxe ostentatoire et d'avarice sordide. [...]
» Il aime jusqu'à la passion s'attacher des débiteurs. Paradoxe de l'avarice. Prêter de l'argent à un individu qui ne sera peut-être pas en mesure de le rembourser, c'est acheter un homme, et B. ne connaît pas de moyen plus sûr de transformer l'argent en pouvoir. Il a ses œuvres d'art et il a ses débiteurs ; il est collectionneur et il est créancier. »
L'un des joyaux de sa collection de débiteurs était un certain Vandamme, Eugène de son prénom, financier également, agent de change précisément, établi à Dendermonde. Vandamme est un des deux hommes qui se trouvaient dans Saint-Bavon la nuit du 10 au 11 avril 1934, et c'est de lui qu'était venue l'idée de ce vol audacieux.

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