- C'est pas vrai
C'est pas vrai
15 juin 2011
Épisode 5 - Une commission d'experts
Il y a, dans la façon dont cette affaire a été réglée jadis, un mélange curieux d'expéditif et d'inachevé. L'évêque de Gand improvisa une commission d'experts à laquelle participèrent (oui, deux loups sous laine d'agneau s'étaient glissés): 1° Beeckers lui-même, en qualité de collectionneur, spécialiste éminent, connaisseur des milieux; 2° son ami, le peintre brugeois Hubert Krups, restaurateur auprès des Musées royaux et expert assermenté; 3° le président de la fabrique d'église; 4° un chanoine du chapitre; 5° un petit vieux prêtre confesseur de truands; 6° un commissaire de la police judiciaire; 7° un sénateur catholique mandaté par le gouvernement; 8° un représentant de la famille royale.
On donna lecture de la lettre d'extorsion.
L'avis du commissaire de police, du petit vieux prêtre et de Beeckers lui-même prévalut, qu'il fallait dans ce cas comme dans tous les cas d'extorsion, garder son sang froid, se montrer fort et tâcher d'intimider le malfaiteur.
Aussi, quinze jours plus tard seulement, et par le moyen qu'indiquait Vandamme dans un morceau de sa lettre que je n'ai pas cité, l'évêché introduisit dans les petites annonces de La Dernière Heure, le laconique message suivant: "D.U.A. Proposition exagérée."
Aussitôt, nouvelle lettre, visiblement angoissée, pleine de fautes de frappe, de mots manquants, menaçant de renvoyer le Saint-Jean par petits morceaux découpés.
Réponse évasive de l'évêché.
A sa troisième lettre Vandamme joignit un coupon de consigne de la gare du Nord. Un inspecteur fut dépêché à Bruxelles. C'était en effet, dans un simple emballage de papier, la grande figure de Jean-Baptiste.
On se félicita beaucoup d'avoir récupéré le premier des deux tableaux sans presque aucun effort. Krups certifia qu'il s'agissait de l'original et qu'il était intact. L'opinion du comité fut que les nerfs de D.U.A. avaient craqué, qu'il fallait maintenant lui envoyer une petite somme d'argent, jamais un million, une petite somme suffirait, parce qu'il paniquait et qu'apparemment les tableaux volés lui brûlaient les doigts.
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(Note anecdotique sur la machine à écrire. L'investigation paresseuse mit au jour que Vandamme avait loué cette machine chez Ureel, rue de Flandre (aujourd'hui, un fleuriste), sous le pseudonyme d'Eugène Lopin. C'était un modèle américain Royal, qui fut saisi et qui, pièce inutile dans une enquête abandonnée, servit jusqu'à sa mort mécanique à prendre les dépositions à la PJ de Gand.)











