- C'est pas vrai
C'est pas vrai
29 juin 2011
Épisode 7 - Vandamme
Vandamme est le personnage tragique de cette histoire.
Les sources le concernant sont minces: son dossier de police, assez
confus et opaque; une émission de la VRT où l'on constate,
interviews à l'appui, que ses descendants demeurent incrédules,
malgré les aveux qu'il fit sur son lit de mort; et des lettres
manifestement de sa main qu'on hésite cependant à lui attribuer
parce qu'elles sont signées Germaine.
Il menait une double vie. La police le situe plus d'une fois dans
l'entourage de la petite pègre gantoise, qui se concentrait à
l'époque autour des 'woonboten', les péniches résidentielles, du
quai saint-Joris. Les lettres, parfois tendres, qu'il signait
Germaine, s'adressaient à une certaine Luce, qui était autant une
femme que lui. Il s'agissait vraisemblablement de Luc Noteboom, un
truand, cambrioleur notoire, entôlé de décembre 1929 à février 34 à
la 'Nieuwe Wandeling', la prison de Gand, et qu'une photographie
anthropométrique montre, avec un regard droit et perforant, des
yeux en amande presque bridés, des favoris tombant en pointe sous
les mâchoires et des sourcils montants, beau comme un lynx.
Plus généralement, Vandamme était un homme honorable et discret,
agent de change, aquarelliste le dimanche après-midi, un peu
mélomane et un peu esthète, membre du Katholische Kring, chantre à
la paroisse Sint-Gillis-Binnen de Dendermonde et trésorier de la
fabrique d'église. La dernière photo qu'on ait de lui, où on le
voit un camélia à la boutonnière, un peu joufflu, des petits yeux
timides derrière des lunettes en œuf, un cigarillo dans la main, un
verre dans l'autre, souriant, fut prise au mariage de son fils, le
15 avril, moins de trois jours après le vol.
Des lettres que Germaine écrivit à Luce je n'extrais qu'une phrase,
qui vaut poème:
'Gij zijt wie ik echt ben, Luce, en gij zijt mijne jeugd.'
Je mets ma main au feu que le million demandé par Vandamme n'était
pas pour lui-même, mais pour Luce, qui venait de sortir de prison
et à qui il voulait peut-être offrir quelque chose comme une vie.
Je mets aussi ma main au feu que le complice sans lequel il n'eut
jamais été dans les moyens de Vandamme de s'emparer des Van Eyck,
n'est autre que Noteboom.
Trois faits alors s'enchaînent. 1° En juillet, l'Evêché cesse de
répondre à D.U.A. 2° En août, Noteboom s'embarque pour le Congo. 3°
En décembre, Vandamme décède d'une thrombophlébite, un autre mot
pour chagrin.
Sur son lit de mort il demande du papier et note, d'une main
tremblante: 'J'ai volé l'agneau mystique, nous étions deux,
dissimulés dans les chairs de vérité [sic].'
Soi-disant cet aveu vint parce que, bon catholique, Vandamme
voulait mourir la conscience en paix. Je pense quant à moi qu'il
s'agissait plutôt d'un vœu que d'un aveu, dans l'espoir qu'on en
parle dans la presse et que la nouvelle de sa mort soit colportée
jusqu'au Congo. Vœu accompli, d'ailleurs, puisque les journaux
nationaux en firent leurs gros titres et reproduisirent
ponctuellement la phrase écrite par Vandamme. Faute d'orthographe
comprise, si c'en était une. Si Noteboom avait un cœur, il dut
s'émouvoir.
Beeckers n'avait pas tort de comparer Vandamme pour moitié à Arsène
Lupin, pour moitié à Emma Bovary.
-------------------------------------------------------------------------------------------
Quelque chose à dire à propos de ce texte ?











