- De ses dix doigts

Edgar Kosma

De ses dix doigts

04 mai 2011

Épisode 9 - Neuvième épisode

« Allez dans le bureau du Directeur Général. Sa secrétaire vous confiera un document capital. Faites-en deux copies, envoyez-en une aux archives, l'autre à l'adresse indiquée sur l'en-tête et ramenez-moi l'original ! » Fier que le chef m'ait choisi pour cette mission, je me mets en route sans tarder, sans oublier de lancer un regard railleur vers mon collègue qui feint de ne pas avoir entendu.

Dans l'ascenseur, après avoir appuyé sur le bouton « 34 », tout en haut de la liste, je me tourne vers le miroir afin de vérifier si tout est bien en ordre. Où je constate avec effroi qu'une tache rouge souille mon col. « Merde ! Comment est-ce possible ? » Tandis que les portes se rejoignent, j'aperçois une jeune femme arriver. Je me retourne. C'est la brune qui ressemble un peu à ma cousine Nancy. Elle tient dans ses mains une tasse de café et ne peut donc accélérer le pas sans risque. L'idée de me retrouver seul avec elle m'angoisse. Je pourrais feindre de ne pas l'avoir vue mais je ne voudrais pas qu'elle s'imagine que je ne lui retiens pas les portes. Que faire ? Il faudrait qu'elle me voie appuyer sur le bouton. Faire semblant ? Appuyer sur l'autre ? Je me sens perdu. Tributaires de leur logique implacable, les portes ne m'attendent pas et se referment d'elles-mêmes. Pour se rouvrir à l'étage supérieur. Où la brune me fait face.

- Vous êtes montée vite, dites donc, balbutié-je, tandis que l'ascenseur poursuit son ascension !
- Comment le savez-vous ?
- Je vous ai vue en bas.
- Pourquoi n'avez-vous pas bloqué les portes alors ?
- Je me suis trompé de bouton. J'ai toujours du mal avec ces deux logos.
- Je ne vous ai pas vu bouger...
- Mais si. Je vous le jure !
- Vous pouvez jurer mais ce n'est pas vous qui allez me dire ce que j'ai vu !
- Écoutez, je suis appelé chez le DG et je viens juste de remarquer cette tache...
- Et ?
- Ça m'a un peu décontenancé...
- Et ?
- Je suis désolé pour les portes...
- Vous n'avez donc pas bougé ?
- Non, j'avoue.
- Ah, vous voyez quand vous voulez !
- Pourriez-vous m'aider, demandé-je, pointant vers mon col ?
- Vous préférez que le DG pense que vous buvez du vin ou du café ?

N'attendant manifestement aucune réponse, la brune trempe le bout de son doigt dans son café et se met à recouvrir la tache. Cette soudaine proximité me rend tout bizarre. Dans le miroir, je constate que si la tache rouge a disparu, une tache brune s'étend sur une surface beaucoup plus grande. Je voudrais l'arrêter mais lorsque, baissant les yeux, je remarque une bosse sur le haut de mon pantalon, j'en reste figé.

L'ascenseur s'arrête enfin. Je vais pouvoir respirer. Mais les portes restent closes. J'appuie sur le bouton d'ouverture. En vain. Je tente alors celui marqué d'une petite cloche mais rien ne résonne. La brune s'agenouille, les mains jointes. J'appuie sur tous les boutons et la lumière s'éteint. Elle se met alors à hurler. Dans le noir, je cherche à la bâillonner avec ma main. Je trouve sa bouche et hurle à mon tour.

C'est alors que je me réveille. J'attrape mon ordinateur, veillant au pied du lit. Et c'est en ouvrant le capot que je constate que mon annulaire a disparu. Point de sang ni de cicatrice. Juste un trou béant au milieu de ma main.

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