- Lettres à Louise

Vinciane Moeschler

Lettres à Louise

11 janvier 2012

Épisode 10 - La pièce est petite

La pièce est petite et donne sur les toits de la ville. Du balcon, on peut observer l'église et sa couleur mordorée qui se démarque dans la nuit cendrée de Palerme.
Sur le lit, je découvre une valise avec à l'intérieur des vêtements de femme. Je hume leur parfum, je déplie une robe. Elle est en soie, décolletée et sans manches, dans les tons bleus et verts. C'est une robe d'été. Elle me plaît et j'observe qu'elle doit être à ma taille. A la salle de bain, il y a un parfum, le même que celui de la robe. Je m'en asperge une giclée dans le cou. J'aime cette odeur. Il y a aussi un déodorant, du démaquillant, un rouge à lèvres, deux petites pinces en écailles, une brosse à dents, du dentifrice, une alliance. Tout semble avoir été posé là avec précaution et n'avoir pas encore servi. Pas de cheveux sur la brosse et le dentifrice n'est pas ouvert.

Il est tard. Je me sens si fatiguée que je me mets à pleurer. Des larmes qui ne s'arrêtent pas. Comme exilée dans cette chambre d'hôtel, je me déshabille dans un geste las. Je glisse la robe sur mon corps. Et je m'endors sur le lit.
Lorsque quelqu'un frappe à la porte, je me réveille en sursaut en regardant machinalement ma montre. Trois heures du matin. Comme je n'ai pas fermé à clef, elle s'ouvre lentement. Une silhouette se découpe dans la lumière vive du couloir. Je ne bouge pas.  Je respire à peine. Elle se penche sur moi et alors, je reconnais son odeur de musc et de tabac mêlé. Il pose un doigt sur mes lèvres pour que je ne parle pas. Son regard est tendre lorsqu'il me dit :

- Tu n'as pas changé, Louise.



Page précédente