- Lettres à Louise

Vinciane Moeschler

Lettres à Louise

30 novembre 2011

Épisode 4 - Ma chère Louise

"Ma chère Louise,
Tu vois le printemps est une saison douce et les vieux amants en profitent pour sortir de leur terrier. Je regrette de ne pas t'avoir écrit pendant ces longs mois, mais je crois que je t'en veux encore pour Yann. J'espère que tu vas mieux. Tu as du courage d'être partie comme ça, si loin... Palerme, c'est toujours l'Europe, la ville où l'on peut se cacher, où personne ne viendra vous chercher. Palerme, ce n'est pas l'Amérique, c'est une idée du sud. Un peu délavé, chaotique... J'aime ma vie ici !
Moi aussi je t'embrasse.
Lionel."

Il ne fallait pas faire allusion à une femme, en l'occurrence à moi, afin de laisser la magie se réinstaller entre eux. Pour que Lionel ne s'aperçoive pas de ma supercherie, je m'arrangeai pour intercepter le courrier avant qu'il ne le découvre dans la boîte. Pour l'instant, toujours aucune nouvelle de Louise.

Aussi en profitai-je pour l'interroger sur elle.

- Parle-moi de Louise. C'est quoi votre histoire?

- En voilà une question tout à coup! Pourquoi t'arrêtes pas de guigner dans mon passé, petite curieuse!

Il sourit. Il y a de la tendresse dans son regard. De la tendresse pour son passé, de la tendresse pour Louise.

- C'est la femme que j'ai failli épouser, il y a vingt ans. On s'était rencontré sur les bancs de la fac.

- C'était à Paris ?

- Oui, Paris. Elle était belle, je devais l'aimer… je l'aimais… un jour elle est partie.

- Pourquoi?

- Tombée amoureuse de son prof ! Imagine, à l'époque j'ai trouvé ça dégoûtant, qu'elle me quitte pour un vieux, dit-il en me lançant un clin d'œil complice.

- Et toi quelques années plus tard, tu fais pareil avec moi! Espèce de dégoutant…
Je me jette dans ses bras, caresse sa joue. Sa barbe naissante vient érafler la paume de ma main. Aïe, mais tu piques, je lui dis en m'amusant. Il ne réagit pas.

Il dit juste:

- Quand je pense à elle, je pense à la phrase de Montaigne: « Je sais bien ce que je fuis, non pas ce que je cherche.»  Louise a toujours fui quelque chose.
Je décide de poser directement la question à Louise. Au courrier suivant, voilà ce qu'elle me répondit.



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