- Lettres à Louise
Lettres à Louise
21 décembre 2011
Épisode 7 - Qui est-il vraiment ?
Il n'y a personne ce soir-là au bar du Centrale Palace. Que moi, jeune fille au regard trouble. D'une impatience féroce. Une impatience que je contiens mal.
Après avoir commandé un limoncello, je reste un peu figée dans cet endroit désincarné. J'aurais le temps d'en boire au moins trois avant qu'une femme ne finisse par s'asseoir à mes côtés. Petite, un peu râblée, elle feuillète négligemment le « Corriere della Sera » pour ne s'arrêter que sur les pages météo. Ses jambes croisées sans élégance, laisse découvrir une jupe pourtant fendue. Elle a un côté mal dégrossi. Je refuse que ce soit Louise. Cette femme n'a pas de passé, pas de mystère. Pas d'étoile dans les yeux, ni de rêves de fuite. Non, pas Louise. Pourtant son regard monotone semble balayer la salle comme si elle cherchait quelqu'un. Lorsque ses yeux s'arrêtent sur moi et qu'elle ouvre la bouche, je comprends. Son italien est basique, sa voix gutturale.
- Vous n'auriez pas vu…euh… un monsieur…. grand, brun?
Tandis que ses mots se heurtent à son manque de vocabulaire, elle tente de le décrire avec les mains.
- Trente ans… s'appelle Maurizio…. le fiancé de ma sœur…. on avait rendez-vous ici mais…
Louise n'est jamais venue.
Je ne peux m'empêcher de sourire en pensant à cette femme que j'ai prise pour elle. Déçue, je remets ma veste sur mes épaules, quitte l'hôtel, soulagée aussi de n'avoir pas dû me confronter à la réalité.
Via Roma, je marche d'un pas éthylique. L'alcool fait son effet. Offerte à la ville et à sa désolation, j'hésite entre la fuite ou le retour chez lui. Je traverse les quartiers populaires, ceux où j'ai grandis, avant Lionel et sa banlieue cossue. Là-bas, ce n'est pas mon monde, c'est le sien. Celui de cet universitaire, grand intellectuel raffiné, nourri de littérature, assoiffé de savoir. Je pense à ses yeux en amande, je pense à ses mains fines.
Qui est-il vraiment?











