- Lettres à Louise

Vinciane Moeschler

Lettres à Louise

15 décembre 2011

Épisode 6 - Subitement

Subitement, je ne veux plus de ses confidences, plus colmater sa solitude, admirer si intensément sa liberté. Après avoir éprouvé une passion pour elle, je désire qu'elle disparaisse de mes pensées, de ma vie, de la sienne. Louise me fait peur. J'imagine qu'elle pourrait me reprendre Lionel. Qu'il lui suffirait d'un rendez-vous, un seul, pour qu'il la suive au bout de son monde à elle. Que sa présence silencieuse, invisible, l'avait déjà accompagné sa vie durant.


Lorsque je demande à Lionel s'il a un jour pensé à ce qu'il éprouverait en revoyant Louise, je ne suis pas surprise par sa réponse:
- Mais qu'est-ce que tu as à me parler sans arrêt de Louise... Et bien, si tu veux savoir, je serais ému.
- Emu?
- Oui, après tout elle a été toute ma vie.
- Toute ta vie ?
- Oui, on peut dire ça comme ça. Aujourd'hui il reste quelque chose, c'est sûr. Un peu d'émotion….heu….c'est tout.
- C'est tout ?


Je sais qu'il ment et pense à elle. Je le sais parce que les premières lettres qu'elle lui avait envoyées, il avait dû les relire très souvent. S'il n'avait pu y répondre, c'était par peur de ses sentiments envers elle.


Et voilà que Louise, qui aurait pu devenir mon amie, devint ma rivale.
Bien sûr, il ne fallait pas qu'ils se voient.


Parce qu'elle avait été l'amoureuse de Lionel, je mourais d'envie de la regarder. De la regarder bouger, parler, sourire, vivre. Surtout ne pas aller lui parler, ne rien tenter qui pourrait la décevoir.


Parce qu'il l'avait aimée avant moi, je lui en voulais.


C'est ainsi que je lui écrivis pour lui donner rendez-vous au bar d'un palace. Je ne désirai la voir que là, dans l'écrin aseptisé d'un hôtel de luxe. Elle ne pourrait s'y rendre que belle, avec une tenue qu'elle aurait spécialement choisie pour l'endroit, et pour lui. Après s'être entendre dire: tu n'as pas changé, Louise.



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