- Ostende Blues
Ostende Blues
30 juin 2010
Épisode 4 - Charly...
Charly ouvrit les yeux. « Oh, un ange »
pensa-t-il.
- Mais qu'est-ce qui vous est arrivé ?
- J'ai cru que j'étais encore petit…
- Je vais vous sortir de là, promit Jeanne.
Et elle s'agenouilla pour creuser de toutes ses forces afin de
dégager cet imprudent. Fallait faire vite ! Les vagues
venaient se heurter contre elle avec rage. Elle savait que la mer,
si propice aux rêveries, pouvait aussi être un ogre féroce. Elle
parvint juste à temps à dégager les bras de Charly qui put enfin
sortir de sa prison de sable. Il avait froid et était tout
engourdi. Il regarda son ange et lui sourit. Ne vit d'elle que deux
petites étoiles à la place de ses yeux, qui brillaient dans la
nuit.
- Venez, je vais vous faire un café, ça vous
réchauffera, proposa Jeanne.
- Merci.
- Vous êtes à quel hôtel ?
- Euh…à l'hôtel de la plage, mentit Charly.
- Tiens, je ne le connais pas celui-là. Pourtant,
voilà des années que je viens ici ! Bah, après tout ça ne me
regarde pas, fit Jeanne.
Ils marchèrent jusque dans la Duinenstraat et longèrent un sentier
aménagé pour les promeneurs et les cyclistes. Puis, ils le
quittèrent pour s'enfoncer dans le sable. Charly fut surpris de la
voir s'arrêter devant une petite maison de pêcheurs. A moitié
cachée par les dunes, elle avait l'air de sortir d'un conte de
fées ! Rien à voir avec ces affreux buildings qui défiguraient
la mer du nord.
- C'est drôlement mignon chez vous ! fit-il
en entrant.
Le décor était simple, tout en bois, avec des murs bleus qui
faisaient penser à la mer méditerranée ou au ciel d'été. A
tout ce qui berçait l'âme. D'emblée, Charly se sentit bien là. La
femme qui venait de lui sauver la vie avait déjà un certain âge. Et
plus d'âge du tout quand elle souriait. Sourire lui donnait une
candeur et une fraîcheur qui gommait toutes ses rides. Elle
ôta son manteau et mit de l'eau à chauffer sur le feu.
- Vous vivez là depuis longtemps ? demanda
Charly.
- C'est ici que je passais mes vacances quand
j'étais petite. Ma grand-mère était ostendaise. Mais je suis
française et nous habitions à Paris avec mes parents. Puis, j'ai
rencontré quelqu'un…et je suis partie vivre au Portugal.
- C'est drôle, moi aussi j'ai l'impression
d'avoir passé mes vacances ici…
- Vous ne vous en souvenez plus ? s'étonna
Jeanne.
- Pas vraiment…
- Vous avez eu un accident ?
- Je ne sais pas. C'est comme si j'avais un
miroir brisé dans ma tête. Il y a plein de morceaux avec des petits
bouts d'images piquetées, mais je n'arrive pas à les recoller. Tout
ce dont je me souviens, c'est que j'étais en Bretagne avant de
venir ici.
Il y a bien une raison pour laquelle vous avez choisi Ostende, même
si elle est inconsciente. Cherchez ! Au fait, mon nom est
Jeanne Nadeau , fit-elle en lui servant un grand bol de café.
Charly trouvait qu'elle avait des yeux très bleus. Elle avait dû
être belle étant jeune. Et l'était encore quand elle se laissait
aller à une certaine douceur de vivre. Elle s'assit en face de lui
et lui sourit. Il se sentit de nouveau suffoquer. Un goût de sang
lui remonta à la gorge…











