- Ostende Blues

Nadine Monfils

Ostende Blues

16 juin 2010

Épisode 2 - En se levant

En se levant, le gamin balaya les images atroces qui venaient d'envahir le cerveau de Charly. Comme si ce mouvement chassait ses démons. Le gosse vint jeter un coup d'œil et eut l'air déçu. Certes le trou n'était pas très profond. Il pouvait juste contenir cet enfoiré de fils de flic… Charly avait toujours détesté les flics. Ça lui donnait la chair de poule.
- Bon, bon, soupira Charly Blues, je continue encore un peu mais après tu prends le relais, d'accord ?
- D'accord…T'as beaucoup de copains toi ?
- Non, je n'ai personne.
- Tu veux bien devenir mon copain ?
- Pourquoi pas ?
- T'as quel âge ? s'inquiéta soudain le gamin.
- Je ne sais pas. Je pense que je suis un peu plus vieux que toi !
- On va voir, fit le gosse. Mets-toi dans le trou et je te recouvre avec du sable. Je laisserai juste passer ta tête.
- Ah ça, pas question ! protesta Charly.
- Alors t'es très très vieux. Un vieux croûton.
- Je ne te permets pas de…
- Allez, supplia le gamin, j'ai jamais personne pour jouer avec moi ! Mes copains ils m'aiment pas pasque mon père est flic. Ca leur fiche la trouille ! S'il te plaît, m'sieur !
Charly finit par céder et se retrouva dans le trou qu'il venait de creuser. Il pouvait s'y tenir accroupi sans problèmes. Et hop, la première pelletée de sable vola sur ses genoux. Pendant que le gamin était occupé à « l'enterrer », Charly regardait la mer. Elle était encore loin et ressemblait à une longue chevelure grise qui lui rappelait quelqu'un. Peut-être avait-il eu une grand-mère ? Et s'il ne venait de nulle part ? Si tout simplement, il était sorti d'un trou de sable comme celui-ci ? Non, il sentait confusément des présences lointaines, furtives et floues comme des fantômes.
- Lààà…fit le gamin en tassant bien la dernière pelletée. On dirait que ta tête est un gros melon qui a poussé sur le sable ! se moqua-t-il.
Il recula un peu pour admirer son travail et sourit, satisfait de ce qu'il venait de faire. Charly eut soudain une angoisse…
- Dis donc petit, déterre-moi maintenant, parce que la mer ne va pas tarder à monter.
- Juuules ! cria une voix sur la digue.
- Oui p'pa, j'arrive !
Et le gamin fila à toute vitesse.
- Hé ! s'écria Charly. Ne me laisse pas, nom de dieu !
Il tenta de tourner la tête, n'y parvint qu'à moitié, juste pour voir un petit point noir s'éloigner vers la digue.
Charly essaya de bouger les bras et les jambes, en vain ! Il était devenu une statue de pierre…
- C'est pas vrai !grommela-t-il. Me faire couillonner de la sorte par un môme ! Hé ho ! s'égosilla-t-il. Au secours !
Mais seul le cri des mouettes lui répondait. Et le bruit des vagues. De plus en plus proches, de plus en plus menaçantes…
- C'est pas possible, pensa le malheureux qui essayait toujours de se remuer sans y parvenir. On ne peut pas mourir comme ça, de façon aussi idiote !  Il n'y a pas de façon intelligente de mourir, lui murmurait une petite voix dans sa tête… Il espéra encore, l'espace d'un rêve. Trop tard ! Il vit les vagues s'approcher de lui, pareilles  à des serpents noirs. Des serpents qu'il sentait déjà glisser le long de sa joue…



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