- Ostende Blues

Nadine Monfils

Ostende Blues

28 juillet 2010

Épisode 8 - Je ne bois pas...

-        Je ne bois pas, mentit Charly. Problèmes de foie…

-        Va pour un verre de flotte, c'est le principe qui compte. Une grande tape dans le dos et Charly fut embarqué dans un café en face de la plage, de là où on pouvait surveiller le « charmant bambin ».

-        Une eau pour mon ami et un demi pour moi, vociféra le moustachu au serveur. Alors mon gars, on passe ses vacances d'hiver à la mer ? On fait son plein d'iode pour ses petits poumons ?

-        En quelque sorte, répondit Charly qui n'avait qu'une envie, c'était de se tailler vite fait.

-        Moi j'suis ici en mission.

-        Ah oui ! Vous êtes flic, c'est ça ?

-        Mmm…C'est l'gamin qui vous a dit ça ?

-        Oui.

-        Il est fier de son papa, hein ?

-        Oui, probablement.

-        Comment ça « probablement » ? C'est certain ! Je suis son idole ! Pas comme sa mère, une pute de première, toujours le cul à l'air et les tétons pointés vers le pognon. Vous avez une femme, vous ?

-        Non.

-        Ah, ah ! célibataire endurci, hein ? Les plus malins ! On baise les femmes des copains, on prend tout le plaisir et c'est eux qui ont les emmerdes, hein mon couillon ?

Charly se sentait de plus en plus mal à l'aise. Et le fait que ce type soit flic n'arrangeait rien à l'affaire, bien au contraire !

-        Regarde ! fit l'homme en lui flanquant une photo sous le nez, c'est moi en uniforme. Ça en jette hein ?

Charly ressentit un trouble désagréable. Il avait dû vivre quelque chose de terrible avec un flic. Il ne se souvenait pas quoi, mais avait dû être suffisamment traumatisé pour se retrouver dans cet état de terreur. De la sueur perlait le long de ses tempes…Il avait les tripes nouées et la gorge en feu. Une sorte de douleur sourde, venue du fond de ses entrailles.

-        Ça ne va pas ? demanda le flic en se grattant le bide qu'il avait gonflé à l'hélium.

-        Je ne me sens pas très bien, je pense que je vais rentrer…

-        C'est mon costume de flic qui te met dans cet état ?

-        Non, non, je suis fatigué…

-        Si, j'ai bien vu que c'est quand t'as regardé la photo. T'es tout pâle, fieu ! Bon, allez, à toi je vais le dire : je ne suis pas flic.

-        Ah bon ?

-        Tu vois, tu reprends déjà des couleurs ! affirma le moustachu.

-        Vous avez piqué un uniforme pour braquer des banques ? plaisanta Charly.

-        Pas exactement. Je suis une vedette.

-        Pardon ?

-        Je suis une vedette de cinéma ! Je joue dans des films, quoi ! Comme Bruce Willis, ajouta-t-il fièrement.

Charly le regarda, perplexe. Il avait beau fouiller sa mémoire, ce type ne lui rappelait personne de connu.

-        Tu veux un autographe ? pérora la star du comptoir.

-        Heu…

-        Allez, je sais que ça te fait plaisir ! dit l'abruti.

-        Il fouilla dans la poche de son survêtement, en sortit une carte postale avec sa photo en flic, posant fier comme Artaban, aux côtés d'un homme qui rappelait vaguement quelqu'un à Charly.

-        Comment tu t'appelles ?

-        Marcel, lâcha Charly qui se souvenait vaguement d'un boxeur qui s'appelait comme ça.

-        « A Marcel, mon admirateur » Ca te va?

-        Très bien.

La vedette du littoral griffonna derrière la carte postale et lui tendit d'un geste fier.

Et garde-là, hein ! Plus tard, ça vaudra du fric. Quand je serai à Hollywood !



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