- Ostende Blues
Ostende Blues
14 juillet 2010
Épisode 6 - Le dernier tiroir
Le dernier tiroir cachait une
pochette remplie de photos ! Curieusement, elles étaient toutes
déchirées en deux et représentaient un homme d'âge mûr, plutôt
séduisant, posant sous des palmiers. Charly chercha les autres
moitiés mais ne les trouva pas. Sans doute avaient-elles été
détruites ? Les femmes ont la jalousie féroce ! Ou alors Jeanne ne
supportait pas de se revoir jeune ? Trop cruel peut-être… Le temps
est un bourreau. En voulant remettre la pochette à sa place, Charly
la laissa tomber. Se pencha pour la ramasser et vit un bout de
carton glissé sous le meuble. Tira dessus et découvrit la photo
d'une jeune fille particulièrement belle. À tel point qu'il en eut
le souffle coupé !
Il s'assit sur le bord du lit et se mit à la contempler. Elle avait
de longs cheveux châtains qui encadraient son visage enfantin de
mèches ondulées. Et des yeux d'un bleu profond… Jamais Charly
n'avait vu un visage aussi beau que celui-là. Et si ça avait été le
cas autrefois, il s'en serait souvenu. Il en était sûr !
C'est Jeanne quand elle était jeune… Il reconnaissait ses traits,
la couleur de ses yeux, son sourire…
Une photo rescapée du massacre car, visiblement, elle avait été
déchirée elle aussi.
Il la glissa dans la poche de sa veste, s'habilla et attendit
encore un peu. Pas le moindre bruit ! Il décida quand même d'aller
à la cuisine, à pas de loups, pour ne pas réveiller la vieille
dame.
Trouva un mot et une enveloppe sur la table. Le déplia et lut
:
« Désolée, mais le facteur vient de m'apporter une lettre ce
matin. Quelque chose de terrible et d'extraordinaire m'arrive… Il
faut que je m'en aille, tout de suite, au Portugal. Vous pouvez
rester dans ma maison tant que vous le souhaitez. Quand vous
partirez, mettez la clef dans le pot de fleurs, près de la porte
d'entrée. Chez moi, il n'y a rien à voler. La vie m'a déjà tout
pris. Et méfiez-vous des miroirs… ils font éclater les ballons
rouges.
Je vous laisse un peu d'argent dans l'enveloppe. Profitez de la vie
! Elle est comme la mer : elle donne et reprend. Mais elle a sans
doute ses raisons.
Jeanne. »
Charly avait décidé de rester quelques jours dans la maison de
Jeanne. Quelques jours ou plus. De toute façon, il n'avait nulle
part où aller. Et l'air de la mer lui ferait du bien.
Il alla se balader dans les dunes, puis se promener sur la digue, à
l'ouest du casino, du côté du « Petit Nice ». C'est ainsi que les
Ostendais avaient baptisé la promenade « Albert 1er ». C'est là, où
se trouve la balise des Bains à Ostende, qu'autrefois
apparaissaient des cabines-voitures, tirées par des chevaux jusqu'à
la mer, pour permettre aux baigneurs de plonger sans devoir se
montrer.
Charly « buvait des yeux », à petites goulées, ces lumières si
particulières, un peu roses, un peu bleues, avec çà et là des
traînées d'ocre sur poudre grise. Un mélange de beauté et de
violence. C'est alors qu'il le vit, là sur la plage en train de
creuser avec sa pelle meurtrière, le petit crétin qui avait failli
l'enterrer vivant !
Charly fonça vers lui.











