- Ostende Blues

Nadine Monfils

Ostende Blues

09 juin 2010

Épisode 1 - Les vagues...

Les vagues c'est comme les femmes. Vaut mieux les regarder que plonger dedans. On risque toujours sa vie…
Assis tout seul sur un tas de sable, Charly Blues contemplait la mer. Peinard. Et il pensait à des tas de choses. Plus particulièrement à toutes les femmes qu'il avait aimées. Mais il avait beau se creuser la cervelle, il ne se souvenait plus de leur visage. Ni de leur nom. Tout ce qui lui restait, c'était des odeurs, des images de ventres ronds, de fesses potelées et de seins arrogants. Une sorte de puzzle quoi ! Et comme aucun de ces morceaux ne semblait appartenir à la même personne, il n'arrivait pas à reconstituer ne fût-ce que l'ombre d'un rêve.
D'ailleurs Charly ne se souvenait de rien. Ni de lui-même. Et ce nom, il l'avait trouvé griffonné sur un papier dans sa poche. Alors il s'était dit que ça devait être le sien.
Qui était-il et que faisait-il là sur cette plage déserte en ce temps d'hiver ? Un beau jour, il s'était réveillé, la tête pleine de bruits. Il était resté quelque temps en Bretagne, en avait eu marre des cailloux et du vent et avait fini par rejoindre la mer du Nord en stop. Il s'était arrêté à Ostende. Quelque chose l'attirait indéniablement dans cette ville. Probablement un parfum d'enfance et cette lumière si particulière qui fait du ciel le miroir de toutes nos violences. Un bleu nuit de Chine. Un de ces bleus qui fait voyager sans bouger. De Pékin à plumes de lune…
- Dis, m'sieur, tu veux bien creuser un trou ?
Charly se retourna et vit un gamin en anorak avec une pelle. Il avait des cheveux roux en bataille et des yeux en boutons de bottine.
- T'es costaud et t'iras plus vite que moi, expliqua l'enfant qui devait avoir une dizaine d'années.
- A quoi ça t'avance de faire des trous dans le sable ? demanda Charly.
- Ça m'avance à les reboucher, tiens ! Et tant que j'fais ça, je fais pas de conneries qu'il dit mon père. Il dit aussi que les gens devraient creuser plus de trous, que ça les occuperait. Parce que l'ennui est la mère de tous les fils.  De pute qu'il ajoute.
- Il dit ça ton père ?
- Oui.
- Ah ! Et qu'est-ce qu'il fait ?
- Il est flic.
- M'étonne pas !
- T'aimes pas les poulets ? demanda le gamin.
- Non. Sauf rôtis.
- Alors, tu me le creuses ce trou ?
Charly saisit la pelle et se mit au travail. Assis un peu plus loin, le gamin l'observait.
- Comment tu t'appelles ? demanda soudain Charly Blues, histoire de souffler un peu.
- Jules. Et toi ?
- Charly.
- C'est ringard comme nom ! Bah, c'est pas grave. Ça t'empêche pas de creuser hein ?
Charly avait compris le message et il se remit au boulot. Au bout d'un moment, il trouva le trou assez profond et s'arrêta. Quelque chose en lui se réveilla soudain. Comme une envie de meurtre. Tout petit il avait déjà éprouvé cette étrange sensation. Ça lui prenait d'abord à la gorge. Il se mettait à suffoquer et voyait des images pareilles à des éclats de miroirs tranchants qui lui giclaient en pleine figure. Lui laissant un goût de sang. Ses doigts se nouaient. Il fixa le gamin d'un regard de glace.



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