- Ostende Blues

Nadine Monfils

Ostende Blues

22 juillet 2010

Épisode 7 - Salut! fit le gamin...

- Salut ! fit le gamin, pas étonné le moins du monde de voir un fantôme.
- Quoi ? C'est tout ce que t'as à me dire ? s'égosilla Charly.
- Non. Tu veux bien continuer à creuser parce que moi, j'en ai marre là !
- Mais tu manques pas d'air toi ! Tu sais que t'as failli me tuer ? On n'abandonne pas quelqu'un comme ça dans le sable ! C'est criminel !
- C'est vrai, je t'ai oublié ! Mais je ne voulais pas faire attendre mon père, il a horreur de ça.
- Ben tiens ! Pendant ce temps, moi je pouvais crever ! Si une brave dame n'était pas passée par là, ma tête aurait été un festin pour les crabes.
- Je ne crois pas, objecta le gamin. Ces bestioles ne mangent pas n'importe quoi…
- Merci ! Et aimable en plus ce sale gosse ! Ah j'te jure, je ne sais pas ce qui me retient de…
Il l'attrapa par le col de son anorak et au moment où il s'apprêtait à lui flanquer une gifle, il reçut un coup et se retrouva allongé dans le sable. Quelqu'un faisait des claquettes dans sa tête. Fred Astaire en personne ! Quand il réussit à ouvrir un œil -l'autre était tuméfié- il aperçut une brute à moustache qui le contemplait de ses gros yeux globuleux, mains sur les hanches. L'abruti dans toute sa splendeur. Mad Max au pays du bac à sable. Avec un p'tit moulin à la place du cerveau et des castagnettes en guise d'oreilles.
- Qu'est-ce que vous lui voulez à mon fils ? Hein, espèce d'andouille ?
- Il  voulait me piquer ma pelle, geignit le gamin.
- Vous n'avez pas honte de voler le jouet d'un enfant ? Hein ?
- J'ai rien fait… Je voulais juste lui donner une correction, tenta d'expliquer Charly en essayant de se relever.
- Ah oui, et pourquoi ça ? Vous êtes un pédophile, c'est ça hein ?
- Pas du tout ! protesta Charly.
- Alors vous n'aimez pas les enfants, conclut l'abruti.
- Si, si, au contraire ! je…
- Ah ! Vous voyez bien que vous n'êtes pas tout net vous, hein ?
- Mais vous me gonflez à la fin ! J'essaie de vous expliquer que votre progéniture a failli me tuer hier soir en m'enterrant dans le sable et quand vous avez crié, il m'a abandonné tout seul à mon triste sort. Je dois la vie à une dame qui se promenait et…
- Bon, ben tout va bien alors ! Vous êtes vivant, de quoi vous vous plaignez, hein ?
- Vous avez raison. Laissez ce petit jouer en paix, conseilla Charly et qu'il enterre tous les touristes, ça fera de la place dans les transats.
- Il l'a pas fait exprès. Hein Juju que tu l'as pas fait exprès ?
Le gamin regarda son père avec un air angélique.
- Bon, moi je m'en vais, annonça Charly qui avait réussi à se relever.
- Pas question ! dit l'abruti. Je vous dois des excuses… Je vous ai pris pour un obsédé et je veux réparer.
- Pas la peine, je ne vous en veux pas, répondit Charly qui avait hâte de se débarrasser du moustachu et de son sale rejeton.
- Si, si, j'insiste ! Question d'honneur ! Dans la police, on a des principes. Je vous paie un verre.
C'est sûr que l'abruti ne le lâcherait pas ! Il avait une gueule de cocu. Et puait la bière à des kilomètres.



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