- Rouge letton
Rouge letton
10 novembre 2010
Épisode 3 - Ce qui contrariait Joseph
Ce qui contrariait Joseph, c'était de devoir laisser Josette se débrouiller avec ses Lettons, au moins pour un temps. Il n'aimait pas ça, il ne parvenait pas à s'y résoudre. A ses yeux, Josette était une brave fille qui n'avait jamais prononcé deux mots de travers. Elle ne méritait pas de se faire larguer pour quelque raison que ce soit. Pourquoi fallait-il que cette histoire de couteau lui tombe sur le dos ? Il réfléchit quelques minutes, il était un policier scrupuleux, il obéissait aux ordres, mais ça ne l'empêchait pas d'avoir sa propre évaluation des choses, et il se décida à fournir à Maud Verbiest son opinion. Il la trouva dans son bureau, au moment où elle raccrochait son téléphone. Elle leva les yeux vers lui et sourit : « On a cinq minutes, là. Tu veux ? »
Tout en se déboutonnant, il dit : « Ecoute, j'ai passé ma soirée à relire le dossier Josette, et je suis sûr que dans le pv du petit Fred il y a quelque chose qui permet de coincer Tatiana, la belle-sœur de Vaitakanus. A partir de là, on tiendrait une amorce. On ne peut pas laisser tomber ça, je t'assure que… » Maud, qui avait déjà baissé son jean's, tournait le dos à Joseph et, appuyée sur ses avant-bras au bord de son bureau, répondit : « Tu sais que ce n'est pas moi qui décide. On peut garder le dossier de Josette sous le coude, on ne laisse pas tomber, mais le juge insiste pour qu'on mette le paquet sur l'histoire du couteau. Et franchement il n'a pas tort. » En écartant, de la main gauche, les fesses de Maud, et en y insérant son mandrin, Joseph avança que le bouillon était chaud dans l'affaire de Josette, que Tatiana pouvait quitter le territoire à n'importe quel moment, qu'il fallait saisir la chance sans la laisser refroidir. Si elle se barrait en Lettonie, ou Dieu sait où, on était bon pour le grand barnum des commissions rogatoires internationales qui permet de s'enliser aux affaires les mieux ficelées… Maud ne trouva pas immédiatement de quoi répondre et soutenait l'assaut que Joseph lui poussait entre les reins, lorsque le téléphone sonna. Elle décrocha sans quitter ses positions. C'était le labo. Elle prononça quelques « Oui… Oui… » puis raccrocha et, se tournant à demi vers Joseph, lui dit qu'elle pouvait travailler avec Lambert un jour ou deux, le temps de recueillir les dépositions de routine, et que Joseph avait jusqu'au lendemain pour vérifier cette hypothèse du côté de Tatiana.
Joseph répondit que ça lui allait et il ajouta : « Tu veux le fond de ma pensée ? Je ne sais pas si ça résiste à l'analyse, mais je sens que ça tient. Imagine que, cette histoire du couteau, ça vienne de Vaitakanus ? Pour nous éloigner du dossier de Josette ? » Maud cambra son derrière avec ardeur, parce que ça venait, et tenta de répondre : « Comment aurait-il su que c'est nous qui allions être saisis de… » Ses paroles chavirèrent, son corps tout entier connut trois grandes secousses, puis elle devint soudain molle. Joseph se rajusta et poursuivit son idée : « Je te l'ai dit, ça ne tient qu'à une intuition. Une odeur dans l'air… »
N'empêche que, le soir même, une patrouille mobile retrouva sur un quai du canal le corps sanglant du petit Fred lardé de blessures profondes. Sur le pavé, près de son cadavre, on pouvait lire en lettres de sang : « Zéro ! »











