Numérisation, archivage et mise en ligne d'éléments du patrimoine culturel européen
Propositions pour un partenariat réussi
1. Le
dialogue : condition absolue pour une exploitation sécurisée
d'un « patrimoine partagé »
Pour quiconque s'est penché sérieusement sur les projets majeurs de
numérisation et de mise en ligne, il apparaît une réalité
dissimulée par les polémiques stériles de ces dernières années
:
établissements culturels et scientifiques publics d'un côté,
auteurs et autres ayants droit (notamment les éditeurs, producteurs
et diffuseurs) de l'autre, individuellement ou rassemblés par leurs
sociétés de gestion, partagent, selon des modalités différentes, la
responsabilité de la conservation et de la mise à disposition des
publics d'un patrimoine d'une richesse exceptionnelle.
Ces acteurs multiples n'ont cependant, dans bien des pays, pas
encore véritablement pris le temps de définir la manière de le
gérer en commun, selon les termes prévus par la législation.
La notion de responsabilité partagée est
essentielle pour la construction d'un dialogue fructueux. Chaque
acteur peut et doit ainsi faire valoir ses spécificités et ses
intérêts légitimes et se faire entendre des autres.
Il n'y a pas de solution globale, légale, économique ou technique, qui s'impose pour résoudre ce défi pluriel.
Définir les modèles de partenariat pérennes et équilibrés
adaptés à chaque démarche de valorisation de ce « patrimoine
partagé » implique un dialogue entre tous les acteurs
concernés.
Ce dialogue est à entreprendre à très court terme pour certains secteurs qui basculent rapidement dans un nouveau mode de « production/distribution/consommation électronique », exposés aux problèmes actuels du non-respect du droit d'auteur dans les médias numériques.
2. La place
naturelle des créateurs et autres ayants droit
Les créateurs et autres ayants droit entendent être associés
aux processus de numérisation/indexation et à la promotion en ligne
de leurs œuvres numérisées (le cas échéant). Par respect pour leurs
droits moraux et patrimoniaux, mais aussi pour pouvoir
apporter une valeur ajoutée propre à la démarche,
en collaboration avec les autres intervenants concernés.
3. There is no
free lunch !
Indépendamment de la question des droits, la mise à disposition soi
disant « gratuite » du patrimoine numérisé sur Internet
est un leurre. Même si la démocratisation de l'accès à la culture
reste objectif politique nécessaire, il est sain que le public
prenne conscience des coûts réels qu'un tel service
représente.
Il convient que les modèles envisagés par les autorités européennes
prennent en compte de façon équilibrée le respect et les intérêts
légitimes des auteurs comme de tous les autres professionnels
concernés.
4. Des
plates-formes multiples, respectueuses du droit d'auteur
En parallèle aux plates-formes commerciales (dont les rentrées
proviennent directement de la vente d'œuvres numérisées et/ou de la
vente d'espaces publicitaires ciblés autour d'un contenu culturel
« gratuit », voire de produits dérivés), il est important
de renforcer les moyens consacrés au développement d'autres
plates-formes légales de service public, comme la bibliothèque
numérique Europeana, en améliorant la définition de leurs
missions et en évaluant régulièrement l'accomplissement de leurs
objectifs.
Ces plateformes (semi-)publiques doivent s'établir moyennant un
partenariat accru avec les auteurs et éditeurs, agissant seuls ou
collectivement.
Les Pouvoirs publics doivent veiller au respect effectif par toutes
les plates-formes des principes essentiels de la propriété
intellectuelle et notamment s'assurer de la rémunération correcte
des créateurs et autres ayants droit.
5. Archivages et
mises en ligne : des projets complexes qui appellent des
réponses modulées
L'archivage et la mise à disposition sur Internet d'œuvres du
patrimoine est un processus plus complexe qu'on l'imagine. Celui-ci
implique à la fois la numérisation des œuvres ou de leurs
reproductions, la sauvegarde dans différents formats informatiques,
la collecte de métadonnées scientifiques validées, l'identification
des ayants droit éventuels, l'obtention de leurs accords
préalables, l'archivage et le stockage des fichiers, la
conception d'une banque de données raisonnée, la mise au point de
critères de recherche harmonisés.
La mise à disposition en ligne d'œuvres numérisées ne peut non
plus s'envisager de façon univoque, dans le sens où elle appelle
des réponses idoines (techniques, économiques et juridiques) qui
varient sensiblement selon :
- les catégories d'œuvres (textes, images fixes, images animées,
son),
- le type d'utilisation envisagé,
- les acteurs et secteurs concernés,
- les publics visés.
Il est important de planifier chacune de ces étapes (et leur coût)
dans les projets étudiés pour que ces démarches aient du sens pour
les publics choisis : modes de production, modèles économiques
respectifs, sources de financement, obstacles juridiques,
calendriers de mise en œuvre, modèles de collaboration.
6. La mise en ligne des œuvres du patrimoine doit devenir un immense processus créatif
Toutes les expériences menées ces dernières années le prouvent, une simple mise en ligne de biens culturels du patrimoine, ou de ses représentations, ne suffit pas à générer l'intérêt du public. Internet n'est pas un Musée, ni un centre de documentation.
La mise en ligne elle-même sera nécessairement créative, éditorialisée, fondée sur la création de métadonnées et de liens de plus en plus sophistiqués.
Écarter les auteurs/éditeurs/producteurs/diffuseurs de ces projets revient à nier leurs compétences et leur rôle, et sans doute les condamner à l'échec dans de nombreux cas. La numérisation du patrimoine doit ouvrir de multiples espaces de création aux artistes contemporains.
7. Définir un
cadre commun pour les partenariats public-privé
Toutes sortes de partenariats public-privé sont possibles, même si
les opérateurs privés ne répondront pas à tous les besoins des
institutions culturelles. Afin d'éviter les dérives et d'encadrer
les meilleures pratiques, il importe que l'Union européenne
définisse un cadre commun, respectueux des attentes des différentes
parties prenantes.
8. Pas de
modification du cadre légal européen
Il n'est pas nécessaire de modifier le dispositif légal européen,
dans la mesure où le cadre actuel permet différentes solutions,
appropriées aux législations nationales, parmi lesquelles les
licences collectives étendues (prévoyant un mécanisme
d'opt-out) et autres montages innovants déjà expérimentés
dans plusieurs pays.
En matière d'œuvres orphelines, l'établissement au niveau
européen d'un régime de reconnaissance mutuelle entre États membres
des différents statuts nationaux serait de nature à favoriser
fortement les partenariats en matière de projets non
commerciaux entre institutions patrimoniales à but non lucratif et
les différentes organisations d'ayants droit concernées.
Une telle reconnaissance mutuelle ne pourrait toutefois être
acquise que moyennant une recherche diligente, telle que définie
par le « protocole d'entente » (Memorandum of
understanding) du Groupe de haut niveau et mobilisant
des dispositifs paneuropéens spécialisés comme ARROW.
Bruxelles, le 27 octobre 2010,
|
Pour la Fédération des Éditeurs européens (FEE), |
Anne Bergman-Tahon, directrice |
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Pour la Société des Auteurs Audiovisuels (SAA), |
Cécile Despringre, directrice |
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Pour l'International Federation of Reproduction Rights Organisations (IFRRO), |
Olav Stokkmo, secrétaire général |
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Pour European Visual Artists (EVA), |
Carola Streul, secrétaire générale |
Document rédigé avec l'appui d'experts rassemblés par la Maison des auteurs de Bruxelles.









