Xavier Deutsch - Une belle histoire d'amour qui finit bien

unebellehistoiredamour

Achille, Zoé, Paul. Une histoire d'aujourd'hui, de toujours, une histoire d'amitié, de liberté et de prisons.

En somme, une histoire de jeux… Ceux de Zoé, étudiante en lettres, qui pose nue pour des artistes et qui cèdera plus que son image à un photographe érotique. Ceux d'Achille, jeune rentier, qui jongle avec les femmes et se drogue avec conviction au raffinement libertin. Ceux de Paul, enfin, architecte, qui s'enchaîne à une passion qu'il a lui-même créée avec une aristocrate aussi belle et étrange que riche et désespérée…

Oui, une atmosphère proche des Liaisons dangereuses investit le dernier roman de Xavier Deutsch. Mais le lecteur n'y verra cependant pas là une énième déclinaison de ce classique des passions et de la débauche. Point d'avilissement dans la description des troubles que vivent les personnages. Pas de complaisance dans l'écriture des rapports de force qui s'exécutent avec élégance. On touche des yeux un roman sensible et exigeant, qui explore la langue avec intransigeance… Avec humour aussi :

Je suis comme ça. Je regarde ce soir à la télé une enquête de l'inspecteur Barnaby avec ma femme, ce qui correspond d'assez près à l'image que je me fais du bonheur idéal, et la dernière chose au monde que je voudrais voir survenir, c'est une situation embarrassante, ou contrariante, ou bruyante, qui surgirait pour me contraindre à quitter le divan et l'épaule de ma femme.

Dans la vie…

J'ai quarante-deux ans, je n'ai pas encore atteint l'âge de pontifier, mais à l'occasion je ne suis pas mécontent de prendre la posture et de laisser entendre que je peux délivrer des vérités générales. Je suis capable d'aller jusqu'à prononcer : « Dans la vie… » en portant la main, l'index et le pouce écartés, sous le menton. Un peu comme les romanciers du micocosme qui posent, pour une postérité de six minutes, dans les galeries de portraits des revues littéraires.

Je prends un air pénétré, je laisse aux points de suspension le temps de remplir leur office. Dans la vie… Et ça fait rire ma femme.

 

Une belle investigation littéraire donc, qui nous permet de côtoyer des fantasmes inconnus et pourtant familiers. Un roman dans l'air du temps aussi, où les croisées des chemins qui s'y entrechoquent rappellent combien nous sommes tributaires de nous-mêmes quand il s'agit de faire des choix.

Voilà l'œuvre d'un écrivain qui connaît la sensualité, la froideur, la grandeur et décadence de nos propres addictions au jeu du rêve éveillé. Je ne vous dirai pas si tout ça finit bien.

 

Xavier Deutsch, Une belle histoire d'amour qui finit bien, Robert Laffont, Paris, 2010, 173 p.

Une lecture de l'incipit du roman est disponible ici.