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Sur le pouce avec Transquinquennal - Coalition

Interviews

19/07/2011 — Une interview de Stéphane Olivier - Miguel Decleire

A l’occasion de leur sélection aux Doms pour Coalition (qu’on vous recommande vivement) créé avec Tristero, Bela a interviewé sur le pouce Transquinquennal. Stéphane Olivier, Miguel Decleire et Céline Renchon ont donné leur impressions sur la sélection, le Festival…

Bela: Comment ça se passe pour vous, Avignon, avec Coalition? Vous avez du public, vous êtes satisfaits ?

Miguel: Je crois qu’on peut dire qu’il y a raisonnablement du monde, que ça se passe plutôt bien.

Céline: Oui, surtout qu’avec l’heure tardive de représentation, ce n’était pas évident de remplir la salle. Là, il y a vraiment du public, et qui a l’air content, en plus.

Bela: Et comment avez-vous réagi quand vous avez appris que vous faisiez partie de la sélection des Doms ?

M.: On était contents parce que c’est potentiellement chaque fois une perspective de pouvoir exploiter un spectacle un peu plus longtemps que dans les conditions plus « traditionnelles ». Il y a potentiellement plus de programmateurs qui viennent. L’expérience qu’on avait eue avec Zugzwang avait été plutôt bénéfique à ce niveau-là. Maintenant, on sait que la palette des programmateurs qui peut venir est très élargie, des grandes structures dramatiques aux petites salles de province. Enfin, on est prêts à fdaire un tour de France comme Astérix!

Stéphane: On était relativement surpris d’être choisis parce que Coalition est une pièce qu’on a créée en collaboration avec une compagnie néerlandophone. C’est aussi important de montrer qu’il y a des collaborations (il y en a 2: Mohamed Ouachen [Rue du Croissant, ndlr] a travaillé avec les Tanneurs et le KVS). Ce sont des choses qui se passent, qui existent dans la culture – bruxelloise plus que néerlandophone ou francophone – pour ça, je pense qu’il était important pour nous de venir. C’est aussi un spectacle qui a un format particulier puisqu’il n’est pas vraiment un spectacle de théâtre classique. C’était valorisant pour notre travail qu’il soit choisi.

C.: Et puis, on connaissait déjà le fonctionnement d’ici puisqu’on était venus il y a dix ans avec Zugzwang.

S.: Oui, c’était aussi l’occasion de revenir dix ans après un succès (on peut le dire). En sachant qu’on n’allait pas connaître un succès de la même ampleur.

Bela: Vous ne vous attendez absolument pas à rencontrer le même succès ?

S: Non parce qu’avec Zugzwang, ç’avait été vraiment une déferlante qui nous avait nous-mêmes dépassés. On dirait maintenant que ça faisait le buzz: les gens venaient voir en croyant qu’ils venaient voir quelque chose que ça n’était pas… A la fin, les gens venaient voir parce que c’était « la pièce to be » et ils étaient déçus… Ils croyaient qu’ils allaient rire pendant une heure quart et en fait pas du tout, ce n’était pas un spectacle vraiment comique. Mais le bouche-à-oreille était: « C’est super drôle! ». Et ça, c’est un peu le côté Avignon: à un moment, il y a une espèce d’effet… Donc, Zugzwang ça avait été très gai mais aussi avec des réactions extrêmement excessive: des gens qui quittaient la salle, sacndalisés, en disant: « Mais ce n’est pas drôle! »! Nous, on n’a jamais dit que c’était drôle! On plaide innocents! Enfin voilà, c’est des bons souvenirs… Pour Coalition, je trouve que c’est un succès raisonnable et cohérent. On n’a pas la prétention de plaire à tout le monde et de faire l’unanimité.

M.: On peut mesurer dix ans après le fait que les premières représentations à l’époque de la première édition du festival aux Doms étaient un peu laborieuses… Alors que cette fois-ci, la première semaine, on a eu un public beaucoup plus conséquent.

S: C’est sûr que les Doms sont maintenant reconnus en tant que lieu. Il y a des gens qui y vont les yeux fermés. C’est vraiment une réussite.

C: L’équipe aussi travaille à ce que tout se passe bien, ce qu’il n’y avait pas la première année. Ou en tout cas, il n’y avait que les « forces vives », Philippe et Isabelle.

S: Et la première année, ils essayaient en faisant, quoi, ils essuyaient les plâtres.

M.: Il y avait tout de même l’attrait de la surprise et de la nouveauté: plein de gens étaient curieux de venir voir ce que faisaient les Belges.

S.: Maintenant, c’est un peu plus institutionnalisé en tant mieux parce que ça remplit sa fonction. Mais ce n’est pas l’ « ambassade » non plus, c’est plus que ça. Le lieu est réputé pour la qualité des spectacles.

C.: En même temps, en revenant ici avec Coalition, on savait un peu à quoi s’attendre par rapport au fait qu’on s’inscrit dans le OFF qui est un grand marché qui est assez désagréable à vivre – je crois qu’on peut quand même le dire. Se savoir inscrits dans cette grande soupe qui est à 90% de la très mauvaise qualité présentée dans de très mauvaises conditions, à tout prix et dans un système libéral et économique des plus… J’allais dire « sanglant » mais n’allons peut-être pas jusque-là?!

S: A propos de « sanglant », tout de même, il y a dix ans, une des choses qui m’avait le plus traumatisé, c ‘était le dernier jour. On était allé manger juste avant la dernière représentation. Quelqu’un est venu s’asseoir à côté de moi et nous a proposé, avec une vraie émotion dans la voix, d’acheter son camion parce qu’il n’avait plus d’argent. Il nous a dit que puisqu’on avait fait un succès, on allait avoir besoin d’un camion. En discutant un peu avec lui, je me suis rendu  compte qu’en fait, c’était un artiste qui avait engagé ses propres économies pour être présent au OFF. Ça s’était mal passé et donc il cherchait à vendre pour pouvoir payer ses dettes. Ça donne une idée de ce dans quoi on est – qui n’est pas bénéfique à mon sens pour l’art, le théâtre, la culture. Et ça fait mettre en perspective notre chance à nous d’être accueillis aux Doms, d’être pris en charge. On n’a pas été dans cette précarité-là. Il y a une double tension. Et en même temps, on ne peut pas évacuer le fait  qu’il y a là 1200 spectacles et qu’il n’y a pas la place pour 1200 spectacles en tournée la saison prochaine et celle d’après. Et le fait qu’il faille vendre son spectacle… La manière de vendre son spectacle à Avignon n’est pas la même que dans un programme de salle. Il y a déjà une forme de trouble, de flou, qui à mon avis, n’est pas adéquate. C’est un festival OFF en même temps, c’est-à-dire que c’est un festival qui s’est collé à un autre festival. C’est du parasitage. Comme le bernard-l’ermite, les rémoras… Le public y prend du plaisir et tant mieux. Mais en tant que professionnel, je trouve que ce n’est pas très facile à gérer. Parce que nous ne faisons pas des spectacles qu’on peut vendre avec un pitch. On ne peut pas se balader dans les rues en disant de venir voir Coalition parce que c’est super drôle ou parce que c’est des flamands et des francophones… Parce que ce n’est pas ça.

M.: J’ai essayé en disant que c’était un spectacle sur notre besoin de sécurité qui est impossible à assouvir. Et c’est drôle. En voyant la tête de la personne je me suis dit que j’avais fait fausse route mais c’était trop tard! Elle est finalement venue, mais…

S: C’est aussi logique. Il y a mille façon de faire des spectacles et mille façons d’en parler. Le problème, c’est qu’Avignon est un peu un entonnoir. Il faudrait qu’on arrive à en parler. C’est un peu comme quand on va voter et qu’il y a les gens des différents partis qui distribuent des derniers tracts à l’entrée. Aujourd’hui, ça arrive de moins en moins parce que je pense qu’ils se sont rendus compte que d’habitude on ne vote pas pour ces gens-là par énervement. La quatrième fille qui est venue me parler de son spectacle m’a tellement énervé que je me suis dit que je n’irais pas le voir. J’espère que tout le monde n’est pas comme ça pour elle.

 

Photo : © Herman Sorgeloos