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Un film peut changer une vie

Voici cinquante ans que La Fédération Wallonie-Bruxelles soutient le cinéma belge.

Mais c’est qui au juste, celles et ceux qui font le cinéma belge ? Nous avons demandé à 10 autrices et auteurs de nous donner 5 noms de prédécesseurs, de collègues, de muses, de mentors, de femmes et d’hommes de cinéma. 10 listes de 5 noms. 

Cette liste est établie par Bénédicte Liénard

J’ai pensé à cinq films qui m’ont proposé une expérience de spectatrice dont je ne suis pas sortie indemne ! Oui, un film peut changer une vie...

  • Audiovisuel

Le lit - Marion Hansel - 1982

J’ai dix-sept ans et je pense, presque secrètement, que je veux faire du cinéma. Un jour de semaine, vers vingt-deux heures, mon père ouvre la porte de ma chambre, me réveille et me sort du lit. « Un film belge réalisé par une femme passe à la télé ! ». En semaine, regarder la télévision est interdit et je vis ce film comme un moment unique qui ouvre une porte sur une pièce infinie. Je découvre un film à la fois pudique et violent, sensuel et dur. Avec un personnage féminin qui défie la mort dans une pulsion de vie pleine et généreuse.

C’est un film que je n’ai vu qu’une seule fois, mais il suffit d’une seule fois pour oser dire «  moi aussi, je veux faire du cinéma » et que l’onde de choc d’une femme cinéaste en percute une autre !


Extrait: Le Lit de Marion Hänsel par DVDPost

Je, tu, il, elle - Chantal Akerman - 1974

Un ovni, un électrochoc, un film d’amoureuse, un film qui accomplit un geste inouï.

La liberté de Chantal Akerman et son culot me laisse nostalgique d’une époque qui me percutera plus tard. Le film date de 74 et je suis née en 65...

« Je tu il elle » aujourd’hui, c’est toujours un ballet de corps nus enlacés, deux femmes qui s’accouplent, deux femmes qui fusionnent, sans le « mensonge » d’un cinéma qui s’amuserait à mettre en scène la tension érotique du spectateur. Assumer dans la durée, sans l’effet du gros plan, sans l’effet du montage et de la lumière sirupeuse. Voir sans voyeurisme, le sexe féminin à l’écran, un tour de force extraordinaire !

 

Do you remember revolution - Loredana Bianconi - 1997

Quatre femmes filmées en plans fixes, quatre femmes membres des Brigades Rouges dont trois ont été condamnées à perpétuité.

Par la radicalité de ses choix, Loredana Bianconi s’approche au plus près de la parole de ces femmes. Et au-delà du témoignage, ce film révèle, dans la dimension du lien que Loredana travaille, ce qui n’a pas encore été parlé… de la jeunesse, de l’engagement, de la lutte armée, de l’illusion.

C’est cette rencontre, filmeur filmé, qui permet d’accoucher ensemble d’une parole de l’intérieur, qui m’inspire toujours un des plus grands respects.

Sans dramatisation, sans « romantique » révolutionnaire, Do you remember est une œuvre de mémoire et de conscience. Pour moi, le film le plus important sur la lutte armée.

La position du lion couchéMary Jiménez - 2006

Dès les premiers instants, seule avec sa caméra ou accompagnée par le regard complice de Jorge Leon, Mary Jiménez me prend par la main.

Mêlant sa sensibilité à celle des autres, sa parole à leurs récits, dépassant l’angoisse pour me faire partager la vie d’une femme, Anne, qui fait de sa mort un hommage à la vie.

Un film qui s’invente au rythme du lien, dans une grande douceur et qui rend manifeste cette découverte de la mort dans tout ce qu’elle a de nécessaire à la vie. Au-delà de l’émotion que le film porte en lui, c’est l’expérience qu’il propose qui bouleverse. À la fin de la « La position du lion couché », je n’étais plus tout à fait la même… Je sais aujourd’hui que ce film-là, je l’attendais.

HomeFien Troch - 2016

Pour moi, un chef-d’œuvre. Un film qui va au bout de ce qu’il met en mouvement. C’est le travail brillant d’une cinéaste qui assume pleinement ce qui, sans doutes, la met en mouvement ! Dans une dimension documentaire qui révèle la grande connaissance d’un milieu et d’une génération, la fiction nous conduit à voir l’innommable, dépasse les interdits et pousse mes limites de spectatrice.

Un film de notre époque, qui transcende la dureté du réel pour ouvrir un espace lyrique, par un regard d’une grande exigence et d’une grande humanité. Sans doute le film le plus important pour moi dans ces cinq dernières années.