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Grand angle : Salvatore Calcagno

Portraits

05/06/2015 — Un portrait de Salvatore Calcagno

par Sabine Dacalor, dans le cadre du partenariat de BELA avec Grand Angle, le Salon d’artistes belges francophones des arts de la scène – Théâtre des Doms, Avignon, 16 & 17 juillet 2015.

 

Regard bleu acier, voix au timbre posé et doux, élégance naturelle de la silhouette et  la démarche, Salvatore Calcagno dévoile avec grande humilité et aplomb certain une confiance en parlant de son travail, ce que ses deux premiers spectacles légitiment. S’il fallait en attester, le premier opus, la Vecchia Vacca, fut salué par le Prix de la meilleure découverte aux Prix de la critique en Belgique et par le Prix du public au Festival Impatience. Vingt-cinq ans, deux spectacles, un imaginaire effervescent où se nichent d’intrigants projets, Salvatore Calcagno a déjà franchi les portes de la scène belge francophone implicitement ouvertes sur le marché théâtral hexagonal. Le Théâtre de Vanves, acteur majeur de la promotion de la création contemporaine, a cru en lui. Préalablement et encore, le Théâtre Les Tanneurs à Bruxelles. Ils ne s’y sont point trompés.

Salvatore Calcagno ne fréquente pas les salles de théâtre durant le temps de son enfance et de son adolescence, temps partagé entre la Belgique et la Sicile. Il ne rêve pas en lisant Shakespeare et Tchekhov. Il identifie chez lui, très tôt, un sens aigu de l’observation. Fine auto-analyse. Il accompagne sa sœur dans les salles de ballet classique et contemporain. L’énergie qui circule le fascine. Il se rêve danseur. Il se laisse séduire par le piano et la guitare. Il observe le monde qui l’entoure. Il se prend au jeu de ses obsessions, obsessions du rythme, de la couleur, de la lumière, des images. Il se gorge régulièrement du soleil sicilien mais ne se lamente aucunement d’un ciel wallon bas et lourd. Il puise à travers ses deux terres de racines et de vie une volonté de se battre pour réussir. Il se forge une confiance qui ne le quitte plus. Il regarde les corps, il écoute les sons et les voix, il ambitionne d’harmoniser tout cela. Il entrevoit la mise en scène. De danseur à démiurge, il suffit de quelques pas dans l’imaginaire et d’une décision audacieuse. Il se présente au concours de l’INSAS à Bruxelles. Il dit au jury durant les entretiens qu’il sait observer et qu’il apprend vite. Le piano et la guitare de côté, il s’engage totalement dans sa formation. Il fait une rencontre marquante, celle du metteur en scène Armel Roussel, qui le guide sur le chemin d’une introspection débridée. Salvatore commence à travailler sur ses obsessions. Le processus de création peut se mettre en marche. Ses camarades de promotion l’accompagnent, l’inspirent. Il découvre les spectacles de Joël Pommerat, s’émerveille de ceux d’Ivo van Hove. Il redécouvre le cinéma italien présent dans son enfance. À travers l’esthétique de Luchino Visconti, il justifie son beau souci du détail. Salvatore Calcagno donne le ton avec son projet de troisième d’année d’INSAS encadré par Armel Roussel, Gnocchi, un inceste culinairequi préfigure la Vecchia Vacca où le garçon, au cœur de la cuisine et des femmes, cherche à exister. Le garçon se retrouve au cœur du village et de sa bande de copains dans le deuxième opus, le Garçon de la piscine. Ce garçon, c’est un peu de lui, beaucoup de ses contemplations. Révélateur de la coexistence de la violence et de la tendresse. Toucher la beauté avant de mourir.

Construites comme un diptyque, les deux premières créations se révèlent comme deux premiers mouvements d’un concerto. Si l’on sort du premier avec une chanson populaire italienne des années soixante en tête – Se telefonando -, c’est avec le Rex tremendae du Requiem de Mozart que l’on quitte les trois derniers personnages du Garçon de la piscine, trois êtres en devenir, obsédés par la brûlante expérience intime de la connaissance de soi, dans un dernier pas de danse. Le metteur en scène s’attache à la recherche de la dissociation du mouvement et de la parole sur le plateau, à travers l’expérience d’une écriture très personnelle où la distribution est quasi déterminée pour cette écriture. Pour le Garçon de la piscine, Emilie Flamant, fidèle amie et complice de promotion de l’école d’art dramatique, écrit avec lui. Prête à incarner un personnage féminin du spectacle, elle distille les couleurs de la perception féminine. Ensemble, ils discutent, écrivent, proposent, superposent. Durant les répétitions, Salvatore demeure très proche de ses acteurs, ne montre pas, n’impose pas mais définit un état de travail où la précision touche à l’extrême. Il insuffle une énergie, énergie qu’il veut donner à percevoir, ressentir dans ses spectacles. Car son travail se caractérise par une grande sensualité, sensorialité.

Il travaillera sur une partition musicale avec un danseur et une soprano pour le Kunstenfestivaldesarts en 2016. Il n’exclut pas de monter une pièce qu’il n’aura pas écrite – il sait laquelle. Il a un long métrage en tête, serait ravi de mettre en scène un opéra. Son talent laisse augurer qu’il pourra réaliser tout cela. Passionné « des visages et des corps », comme un maître de son intime panthéon, Salvatore Calcagno nous laisse dans l’impatience de l’écoute du prochain mouvement de son concerto.

 

Repères

2012 La Vecchia Vacca

2014 Tragédie musicale

2014 Le Garçon de la piscine

Spectacle présenté à Grand Angle 2015

La Vecchia Vacca

Le Garçon de la piscine

 

photo: © Alice Piemme _ AML​