Connais toi toi-même

Publié le  31.01.2014

« Connais-toi toi-même ». Si ce précepte socratique est important dans la vie, il l’est tout autant dans l’écriture cinématographique. En effet, connaître ses failles, ses blessures intérieures ou ses espoirs inconscients permet de les dépasser pour les rendre universels, et donc pouvoir les partager.

 

J’ai eu la chance, il y a quelques années, de faire une master class en écriture télévisuelle. J’avais un projet de série sur la création d’un soap (style Les Feux de l’Amour). On y trouvait un vieux producteur qui ne comprenait rien à rien mais voulait tout contrôler, un réalisateur déchu qui était tellement drogué qu’il avait été banni des plateaux de cinéma, une actrice incompétente et égocentrique et, au milieu de tout ce foutoir, une scénariste paumée et mal dans sa peau qui tentait tant bien que mal de maintenir le navire. (Je sais, ça ressemble à 30 Rock, mais, je vous assure, j’ai eu l’idée AVANT !)

 

Bref, j’étais bloquée sur les intentions de mes personnages. Mon professeur, qui me pressait de questions auxquelles je répondais maladroitement, s’est un jour exclamé : « en fait, ce n’est pas une série sur la télévision, mais sur la famille ! » Je suis restée bouche bée un bon moment car je savais au plus profond de moi qu’il avait raison. Et tout s’est débloqué.

 

En analysant mes autres écrits, j’ai réalisé que peu importe le milieu décrit, les liens entre mes personnages représentent toujours les relations conflictuelles que l’on peut connaître en famille.

 

Cela m’a permis non seulement d’améliorer mes écrits, mais aussi de comprendre à quel point j’étais prisonnière de mon passé et de mon image, ce que j’ai pu régler et dépasser.

Car reconnaître ses failles et ses souffrances, c’est aussi reconnaître sa part de responsabilité. Et en accepter les conséquences, sur son propre fonctionnement, qu’il s’agisse de qualités, de défauts, de peurs ou d’espérances.

 

Du coup, les écrits deviennent plus « objectifs », les personnages davantage pluridimensionnels au lieu d’être simplement bon ou mauvais, et, surtout, ça évite de tomber dans une sorte de moralisation à outrance, seul moyen parfois pour le scénariste de s’exprimer et de se sentir écouté.

 

Beaucoup d’artistes font des psychanalyses. Cela signifie-t-il que les artistes ont plus de problèmes à régler ? Absolument pas. Seulement, nous sommes obligés de faire face à nous-mêmes pour travailler correctement. Nous nous posons beaucoup de questions sur le sens des choses, sur notre place en tant qu’être humain, sur ce que nous pouvons apporter au monde. Et c’est tant mieux !

À découvrir aussi

C'est pas que je veuille tenir ni que je veuille m'enfuir (De retour de Bozar)

  • Fiction
Faire du beau avec la merde du monde. Faire l'éloge de la douceur quand on est considéré comme un maître du trash. Faire la démonstration de sa compétence plastique, rythmique, bien au-delà de la pro...
  • Écrit

Vincent Dugomier : "Ce sont des choses merveilleuses à vivre en tant qu’auteur"

  • Interview
Les rencontres d’auteur et d’autrice en classe sont des moments privilégiés de partage autour du livre et de l’écriture. Elles aident activement à donner et à cultiver le goût de lire aux jeunes. À ce...
  • Écrit
hangar avec plantes et personnes debout

Poetik Bazar 2021 : focus sur quelques exposants

  • Chronique
Parmi les activités proposées par le Poetik Bazar : un salon d'éditeurs et d'éditrices. Une occasion pour s'intéresser de près à une sélection de maisons d'édition et de projets alternatifs valorisant la diversité de la poésie belge.
  • Écrit

L’Intime, festival adoubé par les auteurs et les autrices

  • Chronique
Singulier, l’Intime Festival a rassemblé un public nombreux du 18 au 20 août à Namur. Et des artistes choisis avec soin, moins pour leur actualité que pour leurs approches de l’intime.