Muses - « Sept ans »

Publié le  25.02.2014

Il a crié vers le ciel :

- J’ai sept ans ! Ok ? Sept ans !

Puis il s’est tu, le temps que cela devienne vrai en lui. Mais dans la profondeur d’une goutte d’eau.

Hier soir, une amie lui a dit regarde, elles ont de jolis noms, les étoiles, et leurs familles, la constellation du dauphin, Cassiopée : la reine du ciel, et ces trois étoiles, tu vois, presque alignées, tu les connais, ceux que l’on perd…

Il a répondu non, gommé tout cela d’un geste. Perdre, c’est à lui de décider.

Sept ans. Premier deuil. Linceul jeté sur les mots, seul dans le bleu de sa chambre, interdit d’enterrement. Les autres ont semé des pourquoi dans sa tête, et le crochet métallique du point d’interrogation traîne dans l’eau de sa mémoire, hameçon sans appât.

Perdre est un mensonge. Et les étoiles ont le droit de ne pas porter le nom des morts.

- Vous êtes seulement des étoiles, dit-il, apaisé.

Et lui, il a le droit de réinventer le monde où naît l’absence, car les cris que l’on s’adresse à soi-même ont le pouvoir de murmurer qui l’on est. À sept ans.

La mort est tellement simple.

Ne regarde pas ! suppliaient les hommes et les femmes en noir. Comment dire que l’on voit, quand on est un enfant ?

Il ferme les yeux, le vent est limpide, et l’eau, la terre où l’on retourne. Il chuchote maman, et c’est immense. Elle qui disait oui à l’instant de mourir quand chacun disait non.

Si les étoiles doivent être quelque chose, qu’elles soient le silence des hommes qui s’assoient pour accueillir la détresse comme la joie, sans peur et sans prière.

Cette amie, c’était une autre voix dans sa tête, il n’y avait personne, hier soir. C’était la voix qui cherche.

Maintenant il peut rentrer chez lui, et serrer dans sa poche un nez de clown en mousse.

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