Présentation

La Revue nouvelle a été fondée en 1945, juste après la Seconde Guerre mondiale dans le bouillonnement intellectuel et moral de la Libération. Chacune des générations qui se sont succédé au sein du comité de la revue y a amené sa sensibilité propre, mais dans une même perspective de liberté et de respect en vue de contribuer aux débats de la vie politique et culturelle de la société belge. Sans prétendre que, à soi seul, cela constitue une ligne éditoriale complète et suffisante, on peut penser que l’indépendance de La Revue nouvelle à l’égard de toute allégeance idéologique et institutionnelle n’est pas intervenue pour peu dans sa pérennisation. Et si, par ailleurs, les temps ont changé et que l’absolu des valeurs religieuses des origines s’est incontestablement estompé, qu’il n’est certes plus disponible sous une forme évidente et doit désormais être recherché dans les manifestations distribuées du sens, il y a néanmoins des convictions, des solidarités, des choix fondamentaux qui restent, que l’on ne peut ni ne veut renier. Le « progressisme » de la revue continue ainsi de la rattacher au monde des valeurs de justice, de liberté, de respect culturel et de volonté de comprendre. C’est dans cet esprit d’ailleurs que, dès ses débuts, elle avait donné leur place à des points de vue d’auteurs qui débordaient largement les clivages traditionnels de la Belgique. Depuis sa création, La Revue nouvelle a publié plus de 600 numéros, au rythme de dix par an. Certaines de ses analyses ont fait date et contribué à établir sa notoriété : décolonisation, guerre scolaire et enseignement, féminisme, sécurité sociale et politique de la santé, évolution du monde chrétien, analyse des partis politiques, immigration, questions éthiques, conflit israélo-palestinien, écologie... Les domaines couverts concernent la vie sociale, politique (nationale et internationale), économique, culturelle et littéraire, artistique et religieuse. L’intention initiale demeure et s’impose plus que jamais : faire exister le débat d’idées et une réflexion multidimensionnelle sur le monde actuel. Car il est devenu de plus en plus évident que la démocratie ne se limite pas à l’ensemble des institutions et des procédures d’élaboration de la décision politique auquel on la réduit souvent. Elle porte en elle-même toutes les ambitions d’une culture : celle du débat des hommes et des femmes de la modernité pluraliste, qui savent que ni le monde ni même leur propre société ne sont peuplés d’individus pour lesquels n’existerait qu’une seule conception des choses, homogène et évidente pour tous. Ils considèrent donc que ce qu’on désigne par le mot « culture » ne dit pas d’emblée à l’humanité ce qu’elle est. Elle en éveille plutôt la question. Elle est là, précisément, pour permettre à des individus et des groupes qui reconnaissent leurs différences de vivre ensemble en sauvegardant ce que cette diversité contient de légitime ou, tout au moins, d’actuellement indépassable en dehors d’un coup de force de certains. À l’aide de la culture démocratique se cherche ainsi une existence collective affranchie des dogmes, des idéologies ou simplement des modes qui la dominent trop souvent. Quant à l’ancrage culturel résolument belge de la politique éditoriale de La Revue nouvelle, il invite aussi bien ses auteurs que ses lecteurs à débattre de ces enjeux en fonction du contexte d’un pays où les lieux d’expression vraiment libres et prospectifs ne sont pas légion.