Mais quelle page blanche ?

Publié le  03.01.2014

Il est courant d’associer le mythe de l’écrivain à la malédiction de la page blanche.
En tant que scénariste, on me demande souvent d’où viennent mes idées et si je ne suis jamais en manque d’inspiration.

Et bien je dois bien avouer que non, jamais. Non seulement je n’ai jamais connu de panne sèche qui aurait mis mon imagination en berne, mais en plus j’ai pas mal de réserve.

Il y a au moins une cinquantaine de bouts d’idées, débuts de films, scènes incroyables vécues ou fantasmées, ou personnages insolites qui se baladent dans mon disque dur.

Est-ce pour autant facile d’écrire ? Absolument pas… Pour ma part, ce qui est difficile c’est l’organisation des idées : la structure de l’histoire, la montée en puissance, les raccords entre les scènes. Ce qui fait que chaque idée en amène une autre de telle façon que le spectateur ne puisse pas s’imaginer une seconde qu’un autre film aurait été possible.

Mettez-moi par exemple un homme, une femme, un âne, un bac de fraises et une trompette dans une pièce, et je vous écrirais une multitude d’histoires différentes. Mettant en scène un trompettiste alcoolique, un psy sans talent ou une femme enceinte aux fantasmes étonnants… Oui, mais comment faire de chacune de ces histoires la meilleure histoire possible ?

Il faut corriger, encore et encore. Reprendre tout depuis le début. S’assurer que chaque mot est à sa place. Diviser chaque action en deux temps. Ecrire chaque ligne de dialogue comme des matchs de boxe. Vérifier que tous les gags fonctionnent. Faire en sorte que chaque action soit rythmée et fasse avancer le récit. Préparer les futures péripéties pour créer une attente (set up) et trouver un résultat qui surprend néanmoins (pay off).

Quand tout cela est contrôlé, il faut tout reprendre afin d’être sûr que le sous-texte est présent dans toutes les scènes, et que celles-ci tendent vers une même fin extraordinaire mais inexorable.

Et enfin, se demander à chaque instant : mais que pense donc le spectateur ?

Trouver des idées ? C’est facile. C’est le travail acharné sur chacune de ces idées qui est laborieux, éreintant et terriblement excitant.

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